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Marguerite de Lorraine à Argentan, duchesse d'Alençon

Marguerite de Lorraine, une princesse au cœur du duché d'Alençon

Marguerite de Lorraine-Vaudémont, née en 1463, appartient à une famille princière étroitement liée aux grandes dynasties européennes de la fin du Moyen Âge. Elle est la fille de Ferry II de Lorraine, comte de Vaudémont, et de Yolande d'Anjou, duchesse de Lorraine et de Bar. Par sa mère, elle est la petite-fille de René d'Anjou, le célèbre « roi René », duc d'Anjou et roi titulaire de Naples, de Sicile et de Jérusalem. Cette ascendance place Marguerite au sein des réseaux dynastiques qui structurent alors la haute aristocratie française.

En 1488, Marguerite épouse René de Valois, duc d'Alençon et comte du Perche. Ce mariage fait d'elle la duchesse d'Alençon et l'intègre à une principauté dont les possessions s'étendent notamment sur une grande partie de l'actuel département de l'Orne. Son histoire est ainsi associée à Alençon, Mortagne et Argentan, trois villes dans lesquelles son action politique, religieuse ou charitable a laissé des traces documentées.

Une duchesse confrontée très jeune au gouvernement

La situation de Marguerite change brutalement avec la mort de René d'Alençon en 1492. Elle se retrouve veuve à seulement vingt-neuf ans avec trois enfants : Charles, Françoise et Anne. Son fils Charles, futur Charles IV d'Alençon, étant encore enfant, la défense des intérêts de la famille devient un enjeu politique majeur. Les Archives départementales de l'Orne soulignent le rôle déterminant joué par Marguerite pour préserver les droits de ses enfants et soustraire autant que possible le duché à la tutelle royale pendant la minorité du jeune duc.

Son action ne se limite pas à une régence familiale. Les décennies précédentes avaient lourdement affecté les finances et l'administration du duché d'Alençon. Marguerite entreprend leur redressement et intervient dans la gestion des domaines dont elle a la responsabilité. Les travaux historiques présentés par les Archives de l'Orne permettent ainsi de dépasser l'image exclusivement religieuse qui s'est attachée plus tard à la bienheureuse : Marguerite fut également une véritable femme de gouvernement.

Portrait de Marguerite de Lorraine dans l'église Saint-Germain d'Argentan

Argentan, une ville essentielle dans la vie de Marguerite de Lorraine

Argentan occupe une place particulière dans les dernières années de Marguerite de Lorraine. La ville appartient alors aux principaux centres du duché d'Alençon et accueille une fondation religieuse à laquelle la duchesse est directement associée : le couvent des Clarisses. Les sources patrimoniales ne concordent pas parfaitement sur la date précise de cette fondation : une notice de l'Inventaire relative aux vitraux de l'église Saint-Germain mentionne 1517, tandis que la chronologie publiée par les Archives départementales de l'Orne la place en 1518. Il est donc prudent de situer l'établissement de la communauté argentanaise à la fin des années 1510 sans transformer cette différence documentaire en certitude artificielle.

Cette fondation s'inscrit dans une politique religieuse plus large. Marguerite favorise également les Clarisses à Alençon et à Mortagne. Les Archives de l'Orne présentent ces trois établissements comme une manifestation importante de son soutien à la réforme des institutions religieuses. À Argentan, cette action prend toutefois une dimension supplémentaire puisque la duchesse choisira finalement d'intégrer elle-même la communauté.

La présence de Marguerite à Argentan est également associée à l'assistance aux malades et aux pauvres. La notice des Monuments historiques consacrée à l'ancien ensemble hospitalier mentionne la « maison de Marguerite de Lorraine », également appelée Petit Hôpital. Une salle et une chambre y avaient été aménagées afin de lui permettre de donner des soins. Cet élément patrimonial constitue un témoignage particulièrement concret de la tradition charitable attachée à la duchesse.

Château des Ducs d'Alençon à Argentan

Marguerite de Lorraine devient clarisse à Argentan

Après avoir consacré une grande partie de sa vie à l'administration du duché, à ses enfants et à ses fondations, Marguerite se retire progressivement des affaires. Les Archives départementales de l'Orne indiquent qu'elle confie en mars 1520 la gestion de son douaire à son fils Charles et à sa belle-fille Marguerite d'Angoulême. Cette dernière, sœur du roi François Ier et future reine de Navarre, avait épousé Charles IV d'Alençon en 1509.

Le 19 septembre 1520, Marguerite fait profession comme clarisse dans le couvent d'Argentan. Ce choix donne une signification particulière à la fondation argentanaise : la duchesse ne se contente pas d'en être la protectrice, elle choisit d'y terminer sa propre existence religieuse. La Bibliothèque nationale de France confirme son entrée chez les Clarisses d'Argentan, même si sa notice d'autorité donne 1518 pour son entrée dans les ordres, ce qui montre une nouvelle fois que la chronologie détaillée de cette période varie selon les sources.

Bas-relief de Marguerite de Lorraine dans l'église Saint-Germain

Marguerite de Lorraine meurt à Argentan le 2 novembre 1521. Cette date est attestée aussi bien par la Bibliothèque nationale de France que par les Archives départementales de l'Orne et par les inscriptions anciennes conservées sur son portrait. Argentan est donc à la fois le lieu de sa dernière fondation conventuelle, celui de sa profession religieuse et celui de sa mort.

Françoise d'Alençon, le maillon vers la dynastie des Bourbons

La descendance de Marguerite de Lorraine donne à son histoire une dimension qui dépasse très largement le duché d'Alençon. Parmi les trois enfants nés de son mariage avec René d'Alençon figure Françoise d'Alençon. Celle-ci épouse d'abord François d'Orléans-Longueville, puis, devenue veuve, Charles de Bourbon, duc de Vendôme. Ce second mariage rattache directement la descendance de Marguerite à la maison de Bourbon.

Françoise d'Alençon et Charles de Bourbon ont notamment pour fils Antoine de Bourbon, né en 1518. Antoine épouse Jeanne d'Albret, reine de Navarre. De leur union naît en 1553 Henri de Bourbon, futur Henri IV. La filiation peut donc être suivie sans intermédiaire incertain : Marguerite de Lorraine est la mère de Françoise d'Alençon, Françoise est la mère d'Antoine de Bourbon et Antoine est le père d'Henri IV.

De Marguerite de Lorraine à Henri IV et aux rois Bourbon

Lorsque Henri de Bourbon devient roi de France sous le nom d'Henri IV en 1589, la descendance de Marguerite de Lorraine accède ainsi au trône de France. Cette parenté était suffisamment importante pour être rappelée dans l'iconographie consacrée à la duchesse. Un portrait du XVIIe siècle aujourd'hui conservé à l'église Saint-Germain d'Argentan porte une longue inscription qui présente Marguerite comme l'aïeule d'« Henry le Grand, roy de France et de Navarre ».

Par Henri IV, la descendance de Marguerite se poursuit ensuite dans la dynastie royale des Bourbons. Henri IV est le père de Louis XIII et le grand-père de Louis XIV. Les rois Bourbon qui règnent ensuite en France appartiennent à cette même descendance. Le lien entre Marguerite de Lorraine et la monarchie française n'est donc pas une parenté honorifique ou une tradition locale : il résulte d'une filiation généalogique directe transmise par sa fille Françoise d'Alençon.

Inscription en bas du tableau conservé dans l'église Saint-Germain

Cette généalogie donne rétrospectivement une importance particulière à la famille ducale installée dans l'actuel département de l'Orne à la charnière des XVe et XVIe siècles. Une femme étroitement associée à Argentan et à son couvent des Clarisses se trouve ainsi parmi les ascendantes directes du premier roi Bourbon de France et, par lui, des souverains de cette dynastie.

La mémoire de Marguerite dans l'église Saint-Germain d'Argentan

L'église Saint-Germain conserve aujourd'hui plusieurs témoignages qui permettent de raconter cette histoire. Le plus remarquable est un portrait de Marguerite de Lorraine classé au titre des Monuments historiques. L'œuvre, datée du XVIIe siècle par la base Palissy, porte une inscription développée rappelant son mariage avec René d'Alençon, ses enfants, sa parenté avec Henri IV, ses fondations de monastères de Clarisses et sa mort à Argentan le 2 novembre 1521. Le tableau constitue donc à la fois une représentation de la duchesse et un document sur la mémoire qui s'est construite autour d'elle.

De la dévotion locale à la béatification de 1921

Après sa mort, Marguerite de Lorraine fait l'objet d'une dévotion durable. Les portraits, récits et objets conservés dans l'Orne témoignent de cette mémoire bien avant sa reconnaissance officielle par l'Église. Les Archives départementales conservent ou ont présenté plusieurs objets traditionnellement associés à la duchesse, notamment des ceintures, une coupe, un coffret, un miroir et un chapelet, rares témoignages matériels liés à la famille ducale.

Marguerite de Lorraine est béatifiée en 1921, quatre siècles exactement après sa mort. La Bibliothèque nationale de France et les Archives départementales de l'Orne confirment cette date. Cette reconnaissance explique l'appellation de « bienheureuse Marguerite de Lorraine » fréquemment rencontrée dans les églises, les œuvres patrimoniales et les publications qui lui sont consacrées.

Une figure majeure de l'histoire d'Argentan et de l'Orne

Marguerite de Lorraine ne peut donc être réduite à la seule image d'une princesse devenue religieuse. Son parcours associe gouvernement du duché d'Alençon, défense des intérêts de ses enfants, restauration administrative, assistance aux plus pauvres et soutien aux communautés religieuses. Les recherches historiques mises en valeur par les Archives départementales de l'Orne ont précisément permis de restituer cette dimension politique et gouvernementale à côté de la tradition spirituelle.

Argentan occupe une position centrale dans cette histoire parce que Marguerite y fonda une communauté de Clarisses, y exerça son activité charitable, y prononça sa profession religieuse et y mourut en 1521. La ville conserve encore sa mémoire à travers son patrimoine et notamment l'église Saint-Germain. Enfin, sa fille Françoise d'Alençon inscrit cette histoire locale dans une histoire dynastique beaucoup plus vaste : par Antoine de Bourbon puis Henri IV, la duchesse d'Alençon est l'une des ascendantes directes de la dynastie royale des Bourbons.