


Les ateliers Bony, une histoire parisienne inscrite dans l’OrneLes ateliers Bony appartiennent à une histoire collective du vitrail dont plusieurs églises de l’Orne conservent des témoignages précisément documentés. À Beauchêne, Dancé, Alençon ou Avenelle, les inventaires identifient des interventions de Paul Bony, parfois associées à Adeline Hébert-Stevens. Ces œuvres relient le patrimoine religieux ornais à un atelier établi à Paris, et non à une manufacture dont l’implantation dans le département serait attestée. Le Musée du Verre de Conches situe en 1924 l’installation de Jean Hébert-Stevens et Pauline Peugniez dans un atelier parisien, avec André Rinuy. Cette structure accueille des collaborations avec des peintres liés aux Ateliers d’art sacré. Paul Bony, né en 1911 et mort en 1982, y travaille à partir de 1934 : son nom s’inscrit donc dans une entreprise artistique déjà constituée. La succession demande une précision : le musée rattache la reprise aux changements survenus après la mort de Jean Hébert-Stevens en 1943, tandis que les Archives nationales du monde du travail la datent de 1945. Les deux sources désignent le même couple, Paul Bony et Adeline Hébert-Stevens. Il convient de conserver cette nuance plutôt que de présenter une chronologie administrative certaine. Adeline Hébert-Stevens, créatrice et responsable d’atelierNée à Paris en 1917, Adeline Hébert-Stevens est la fille de Jean Hébert-Stevens et de Pauline Peugniez. La publication patrimoniale du Cotentin décrit une formation associant l’Institut d’art et d’archéologie, l’atelier Charles Blanc, la Grande Chaumière et les Ateliers d’art sacré. Elle expose au Salon d’automne dès 1936 et réalise deux verrières pour Roiglise, dans la Somme, en 1938. Son mariage avec Paul Bony en 1943 ne doit pas réduire son rôle à celui d’une collaboratrice anonyme. La même publication documente une pratique personnelle du vitrail, mais aussi de la peinture, de la sculpture et de la céramique émaillée. Elle participe également à la gestion d’une entreprise qui compte, au plus fort de son activité, jusqu’à une dizaine de salariés.
Pour comprendre les chantiers ornais, il faut ainsi distinguer la signature individuelle et l’intervention commune. L’Inventaire de Beauchêne nomme l’atelier de Paul Bony et Adeline Hébert-Stevens ; celui de Dancé les associe dans le complément d’une verrière ancienne. Ces formulations documentaires établissent son implication sans autoriser à lui attribuer indistinctement toutes les fenêtres signées Bony. Beauchêne : des vitraux inaugurés le 12 mai 1946À Beauchêne, dans l’Orne, l’église Notre-Dame fournit un premier repère daté. Selon l’Inventaire général de Normandie, le remplacement de l’ancienne église, devenue vétuste, est décidé en 1899. La première pierre du nouvel édifice est posée en 1904 et le clocher construit en 1922. Le chantier architectural précède donc largement l’installation des verrières du couple. Le même dossier indique que les vitraux exécutés par l’atelier de Paul Bony et Adeline Hébert-Stevens sont inaugurés le 12 mai 1946. Cette date précise constitue un jalon vérifiable de leur présence artistique dans le département. Elle ne permet pas, à elle seule, d’affirmer que ces verrières remplacent un ensemble détruit pendant les combats : la notice ne donne pas cette explication. L’édifice est décrit comme néo-gothique, avec une nef, un transept et un chevet à trois pans. L’intervention des verriers concerne ainsi une architecture religieuse du début du XXe siècle. Beauchêne rappelle que l’activité de l’atelier après 1945 ne doit pas être résumée aux seules églises entièrement reconstruites après la guerre. Dancé : restaurer les fragments anciens et créer un nouvel ensembleÀ l’église Saint-Jouin de Dancé, la notice Palissy IM61004157 distingue deux opérations réalisées en 1954-1955. Paul Bony et Adeline Hébert-Stevens complètent une verrière conservant des fragments du début du XVIe siècle. Parallèlement, Paul Bony conçoit pour les autres fenêtres un ensemble hagiographique et décoratif. Restauration et création coexistent donc dans le même édifice. Le programme comprend notamment saint Jouin, le bienheureux Jacques le Meunier et sainte Jeanne d’Arc. La baie consacrée à saint Jouin évoque sa vie érémitique et sa vie monastique. D’autres verrières développent les symboles de l’Eucharistie, de la Parole et de la Providence, associés à des fonds géométriques polychromes. Les inscriptions apportent des preuves matérielles : l’Inventaire relève une signature « P BONY 54 » et, sur la verrière de Jacques le Meunier et Jeanne d’Arc, « PAUL BONY 1955 ». La distinction entre le travail commun sur les fragments anciens et les créations attribuées à Paul doit être maintenue. Elle rend compte des responsabilités documentées, sans effacer Adeline ni lui prêter une participation non établie. Alençon : les treize verrières des Petits ChâteletsÀ Alençon, la chapelle de la communauté des Petits Châtelets conserve un ensemble de treize verrières attribué à Paul Bony par l’Inventaire général. La notice IM61004210 identifie deux campagnes, en 1957 et 1966, et situe leur exécution à Paris. Des inscriptions relevées dans les baies confirment ces dates et le nom du peintre-verrier. Le programme associe scènes mariales et symboles religieux. L’Annonciation, la Sainte Famille et le Couronnement de la Vierge accompagnent des compositions évoquant notamment le pain, le poisson, le blé, la vigne et l’agneau pascal. Les Litanies mariales apparaissent à travers des figures comme la tour d’ivoire, la rose mystique ou le jardin clos. Les fonds géométriques polychromes unifient les treize fenêtres, dont trois sont des oculi. Ce dossier permet donc de suivre une commande ornaise sur plusieurs années et d’en lire précisément l’iconographie. Il attribue l’ensemble à Paul Bony ; faute d’une mention équivalente concernant Adeline, il serait imprudent de présenter ici une réalisation conjointement signée par les deux artistes. Avenelle et Le Sap : deux autres implantations documentéesL’église Sainte-Anne d’Avenelle, recensée sous la commune d’Omméel dans la base Mérimée, possède également des vitraux de Paul Bony. La notice IA00001653 les situe vers 1950. Cette datation doit rester approximative : la source ne fournit ni année certaine de pose, ni description détaillée des scènes, ni répartition des interventions entre plusieurs membres de l’atelier. Le bâtiment lui-même conserve plusieurs étapes historiques : l’Inventaire mentionne une église du XVIe siècle, une tour-clocher du XVIIe et des baies du XIXe siècle. Les verrières de Bony s’insèrent donc dans un édifice transformé sur la longue durée. Ces indications suffisent à établir un lien avec le patrimoine d’Omméel sans inventer les circonstances de la commande. Au Sap, aujourd’hui Sap-en-Auge, le réseau patrimonial Églises Ouvertes signale deux vitraux signés Paul Bony dans la chapelle de la Vierge de Saint-Pierre. La même présentation distingue les verrières du chœur réalisées en 2010 par Florent Chaboissier et un vitrail de Gérard Bourget daté de 1997. L’attribution doit donc rester limitée aux deux œuvres expressément signalées, et non être étendue à toute l’église. De l’Orne à Matisse : distinguer conception et réalisationLa renommée de Paul Bony tient aussi à ses collaborations avec des peintres dont il réalise les projets en verre. Les Archives nationales du monde du travail conservent un fonds à son nom, comprenant notamment des documents liés à Henri Matisse. Cette documentation replace les commandes ornaises dans une activité parisienne ouverte à des collaborations dépassant le cadre régional. Pour la chapelle du Rosaire à Vence, le ministère de la Culture distingue clairement les rôles : Matisse conçoit les compositions, tandis que Paul Bony réalise les vitraux. Les couleurs bleu, vert et jaune et les motifs végétaux appartiennent au projet du peintre. Cette distinction évite de qualifier Bony d’auteur unique d’un ensemble conçu par Matisse. Une autre collaboration est documentée par les Musées de Reims : Georges Rouault autorise Paul Bony à transposer plusieurs peintures en vitrail pour l’église d’Assy, dont Sainte Véronique. Une seconde version est conservée à l’atelier avant son acquisition par le musée. Le cas montre pourquoi les notices distinguent l’artiste qui imagine l’œuvre, le verrier qui la réalise et les éventuelles répliques. Un patrimoine ornais à lire œuvre par œuvreLe parcours documenté relie ainsi des commandes différentes : un ensemble inauguré en 1946 à Beauchêne, des compléments anciens et des créations à Dancé en 1954-1955, puis deux campagnes aux Petits Châtelets. Avenelle et Le Sap complètent cette géographie. Il ne s’agit pas d’un inventaire exhaustif de toutes les interventions des ateliers Bony dans l’Orne. L’œuvre personnelle d’Adeline mérite aussi d’être replacée dans son contexte normand. La Région documente à Tracy-sur-Mer, dans le Calvados, un programme de 1960-1961 associant la vie de saint Martin à des évocations du Débarquement. Cet exemple, extérieur à l’Orne, montre une capacité de conception propre ; il ne doit pas être présenté comme une œuvre ornaise. Pour chaque vitrail, le nom de l’église, la localisation de la baie, les signatures et la date constituent les meilleurs points d’entrée. Les notices de l’Inventaire permettent de vérifier ces éléments et de séparer les faits établis des attributions incomplètes. C’est à cette échelle, celle des œuvres identifiées, que le lien entre Paul Bony, Adeline Hébert-Stevens et le patrimoine de l’Orne apparaît avec le plus de précision. |