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Jean Chaudeurge, maître-verrier et graveur né à Flers

Jean Chaudeurge, un artiste originaire de Flers

Jean Chaudeurge est un artiste français, graveur et maître-verrier, né à Flers dans l'Orne le 4 août 1908 et mort à Paris le 12 janvier 1968. Son parcours artistique le conduit de la gravure à l'art du vitrail, domaine dans lequel il participe au renouvellement du décor de plusieurs édifices religieux au XXe siècle. Son œuvre conserve un lien particulièrement fort avec sa ville natale grâce aux nombreuses verrières qu'il conçoit pour l'église Saint-Germain de Flers.

La carrière de Jean Chaudeurge s'inscrit dans une période de profond renouvellement de l'art religieux. Dans l'entre-deux-guerres puis après 1945, architectes, peintres et maîtres-verriers cherchent de nouvelles formes capables de s'intégrer aux églises anciennes comme aux édifices reconstruits. Chaudeurge participe à ce mouvement en associant une solide maîtrise du dessin à un travail sur la lumière et la couleur.

Cette double qualité de graveur et de verrier est importante pour comprendre son travail. Le vitrail repose en effet autant sur l'organisation des formes et des lignes que sur la couleur. Le réseau de plomb structure la composition tandis que les verres colorés transforment la lumière naturelle en élément constitutif de l'œuvre.

Un graveur distingué au prix de Rome

Avant d'être principalement associé au vitrail, Jean Chaudeurge se fait remarquer dans le domaine de la gravure. En 1936, il obtient le second grand prix de Rome de gravure. Cette distinction, attribuée dans le cadre du prestigieux concours organisé pour les élèves des Beaux-Arts, témoigne de la qualité de sa formation et de sa maîtrise du dessin et de la composition.

La gravure reste présente dans son parcours et contribue probablement à la précision graphique de ses compositions verrières. Dans les deux disciplines, l'artiste doit construire son image à partir d'un réseau de lignes, organiser les masses et établir un équilibre entre les zones claires et les zones plus soutenues.

Jean Chaudeurge appartient ainsi à une génération d'artistes pour lesquels les frontières entre peinture, gravure et arts décoratifs sont relativement perméables. Le vitrail lui offre cependant une dimension supplémentaire : la lumière traverse directement l'œuvre et modifie sa perception suivant l'heure, la saison et les conditions météorologiques.

L'apprentissage du vitrail auprès de Louis Barillet

Jean Chaudeurge travaille dans l'atelier de Louis Barillet, l'une des personnalités importantes du renouveau du vitrail français au XXe siècle. Barillet défend une conception dans laquelle le vitrail doit être pleinement intégré à l'architecture et ne constitue pas simplement une image rapportée sur une fenêtre.

Cette expérience place Chaudeurge au contact d'un milieu particulièrement actif dans le domaine de l'art sacré moderne. Jacques Le Chevallier, qui jouera plus tard un rôle essentiel dans l'achèvement des verrières de Saint-Germain de Flers, a lui aussi travaillé avec Louis Barillet. Les parcours des deux artistes se croisent ainsi bien avant leur intervention successive dans l'église flérienne.

Les bases patrimoniales attribuent par ailleurs conjointement à Louis Barillet et Jean Chaudeurge les verrières de certains édifices. L'église Saint-Pierre-Saint-Paul de La Carneille, dans l'Orne, constitue notamment un témoignage de cette activité. La présence de Chaudeurge dans plusieurs églises du département montre que son œuvre ornaise ne se limite pas à Flers.

La grande rosace de l'église Saint-Germain de Flers

L'œuvre de Jean Chaudeurge la plus directement associée à Flers est la grande rosace de l'église Saint-Germain. Cette vaste église néo-gothique, dont la première pierre est posée en 1910, avait initialement reçu des vitraux du maître-verrier Charles Lorin. La Seconde Guerre mondiale bouleverse cependant profondément l'histoire de l'édifice et de son décor.

La rosace de Jean Chaudeurge avait été commandée avant la guerre. Les recherches consacrées aux verrières de Saint-Germain indiquent qu'elle fut conçue dès 1936. Les événements empêchent cependant son installation immédiate et la rosace n'est finalement mise en place qu'après la guerre, en 1947. Elle devient ainsi l'une des premières grandes interventions de Chaudeurge dans l'église de sa ville natale.

Placée au-dessus du portail principal, cette rosace occupe une position essentielle dans l'architecture de Saint-Germain. Vue depuis l'extérieur, elle anime la façade entre les deux tours de granite. Depuis l'intérieur, elle devient surtout une vaste source de lumière colorée. Ses différentes pièces de verre et le réseau qui les organise composent une image dont la perception change suivant l'intensité de la lumière extérieure.

La grande rosace de Jean Chaudeurge dans l'église Saint-Germain de Flers

Saint-Germain meurtrie par les bombardements de 1944

Le 6 juin 1944, Flers subit de violents bombardements alliés destinés notamment à perturber les communications allemandes après le débarquement en Normandie. L'église Saint-Germain est gravement atteinte. La toiture et les voûtes sont endommagées et une bombe atteint la crypte dans laquelle des habitants avaient cherché refuge.

Les vitraux précédemment installés dans l'église ne résistent pas aux destructions. L'Inventaire général du patrimoine culturel précise notamment que les premières verrières réalisées par Charles Lorin sont détruites. La restauration de l'édifice après la guerre doit donc également résoudre la question de son nouveau décor vitré.

La reconstruction donne à Jean Chaudeurge l'occasion de développer à Saint-Germain un programme beaucoup plus important que la seule rosace commandée avant le conflit. Le maître-verrier réalise progressivement les fenêtres hautes de la nef et intervient également dans le transept. L'ensemble contribue fortement à l'aspect actuel de l'intérieur de l'église.

Un vaste programme de vitraux pour Saint-Germain

Jean Chaudeurge ne conçoit pas les verrières de Saint-Germain comme une succession d'images totalement indépendantes. Les documents préparatoires conservés montrent au contraire qu'il réfléchit à l'organisation générale des vitraux dans l'architecture de l'église. Un projet daté de 1957 permet notamment de comprendre l'ampleur de cette réflexion.

À cette date, la grande rosace et dix fenêtres hautes de la nef avaient déjà été réalisées, ainsi que les deux premières fenêtres des transepts. Chaudeurge imagine l'ensemble du programme à l'échelle de l'édifice. Son projet organise les verrières autour d'une composition symbolique fondée sur le corps du Christ en croix et sur des lignes qui doivent établir une continuité entre les différentes parties de l'église.

Cette conception permet de mieux comprendre l'intérêt des hautes verrières de Saint-Germain. Observées séparément, elles constituent chacune une composition de verre et de couleur. Considérées dans leur ensemble, elles participent à un projet beaucoup plus vaste dans lequel l'architecture, la lumière et la symbolique chrétienne doivent former une unité.

Les vitraux sont réalisés en verre antique assemblé sous plomb. La couleur occupe une place majeure, mais elle reste structurée par le dessin du réseau. La lumière traversant ces verrières anime les parties hautes de la nef et contribue au contraste entre la relative sobriété de l'architecture intérieure et la richesse colorée des fenêtres.

Vue générale de la nef permettant de voir plusieurs hautes verrières de Jean Chaudeurge

Une œuvre religieuse pensée dans ses moindres détails

Les témoignages consacrés à Jean Chaudeurge décrivent un artiste particulièrement attentif à l'exécution de ses œuvres. Pour certaines verrières, il ne se contente pas de fournir les cartons destinés au maître-verrier chargé de leur fabrication. Il suit personnellement la cuisson et le montage des éléments et peut reprendre plusieurs fois certaines parties jusqu'à obtenir le résultat recherché.

Cette exigence s'accorde avec la dimension spirituelle de son travail. Chaudeurge ne considère pas le vitrail religieux comme une simple décoration. La composition, les couleurs, les figures et leur emplacement dans l'édifice participent à un langage symbolique destiné à accompagner l'architecture et la fonction cultuelle de l'église.

Un détail particulièrement personnel est associé à certaines de ses œuvres : Jean Chaudeurge utilise un escargot portant une croix comme signe accompagnant sa signature. Cette figure insolite est mise en relation avec la lenteur et le soin avec lesquels l'artiste élaborait ses compositions, mais aussi avec la dimension chrétienne qui traverse une partie importante de son œuvre.

Jacques Le Chevallier poursuit le programme de Saint-Germain

Jean Chaudeurge ne peut finalement pas mener seul à son terme le vaste programme imaginé pour Saint-Germain. Les sources consacrées à l'édifice indiquent que la maladie l'empêche de poursuivre son travail. La réalisation des verrières est alors confiée à Jacques Le Chevallier, autre grande figure du vitrail français du XXe siècle et ancien collaborateur, comme Chaudeurge, de Louis Barillet.

Jacques Le Chevallier réalise notamment en 1960-1962 les verrières figuratives du pourtour du chœur. L'intérieur de Saint-Germain associe donc aujourd'hui les créations de plusieurs générations de maîtres-verriers : le souvenir des premières verrières de Charles Lorin détruites pendant la guerre, les réalisations de Jean Chaudeurge et l'achèvement du programme par Jacques Le Chevallier.

Cette succession ne doit cependant pas faire perdre de vue l'importance du projet de Chaudeurge. La rosace et les hautes verrières de la nef constituent une part majeure du décor actuel, tandis que ses études préparatoires montrent qu'il avait réfléchi à l'organisation générale du vitrage de l'église. L'Inventaire du patrimoine cite ainsi Jean Chaudeurge et Jacques Le Chevallier parmi les auteurs associés à l'histoire architecturale et décorative de Saint-Germain.

Jean Chaudeurge et le patrimoine religieux de l'Orne

Si Saint-Germain constitue un ensemble particulièrement important, Jean Chaudeurge a laissé d'autres traces dans le patrimoine religieux de l'Orne. L'Inventaire général mentionne notamment son intervention, avec Louis Barillet, à l'église Saint-Pierre-Saint-Paul de La Carneille. D'autres édifices du département conservent également des verrières qui lui sont attribuées.

Cette présence locale possède une signification particulière puisque Chaudeurge était lui-même Flérien. Contrairement à de nombreux artistes appelés ponctuellement dans le département pour répondre à une commande, il intervient dans un territoire qui est celui de son enfance. La réalisation des verrières de Saint-Germain constitue ainsi à la fois une œuvre d'art religieux moderne et le retour d'un artiste reconnu dans sa ville natale.

Jean Chaudeurge meurt à Paris le 12 janvier 1968, à l'âge de 59 ans. Son œuvre reste aujourd'hui visible dans plusieurs édifices, mais c'est à Flers que son nom demeure le plus directement associé à un monument majeur. La grande rosace et les hautes fenêtres de Saint-Germain permettent encore d'observer la manière dont il utilisait le verre, le plomb, le dessin et la lumière pour construire une œuvre indissociable de l'architecture qui l'accueille.