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La Maison Rouillard, un grand atelier de statuaire religieuse

Une maison de statuaire religieuse installée à Angers

La Maison Rouillard fut l'un des importants établissements français consacrés à la statuaire religieuse entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe siècle. Installée au 40 rue de Bel-Air à Angers, elle produisit et diffusa des statues et des ensembles sculptés destinés principalement aux églises. Les œuvres portant la marque « ROUILLARD STATUAIRE ANGERS » sont aujourd'hui encore conservées dans de nombreux édifices religieux.

L'histoire de l'établissement est cependant antérieure au nom Rouillard. Les bâtiments du 40 rue de Bel-Air furent construits entre 1873 et 1875 pour le sculpteur et statuaire Henri Bouriché. Celui-ci fit ensuite édifier en 1884 une importante galerie d'exposition. L'ensemble comprenait le logement du statuaire, des ateliers de fabrication, des bureaux, une cour et cette galerie destinée à présenter les productions de la maison.

L'Inventaire général du patrimoine culturel a étudié cet ensemble architectural, ce qui permet de connaître précisément son organisation et son histoire. La galerie d'exposition mesurait environ 35 mètres de longueur et ses grandes fenêtres procuraient l'éclairage nécessaire à la présentation des sculptures. Deux statues de saint Donatien et saint Rogatien encadraient notamment son entrée monumentale.

De l'atelier d'Henri Bouriché à Pierre Rouillard

Pierre Rouillard naît à Faye-d'Anjou en 1853. Il devient l'élève puis l'assistant d'Henri Bouriché, avec lequel il participe à de nombreuses réalisations, presque exclusivement religieuses. Lorsque la vue de Bouriché se dégrade au milieu des années 1880, Rouillard prend une place croissante dans le fonctionnement de l'atelier et poursuit parallèlement un travail plus autonome.

En 1891, Pierre Rouillard assure officiellement la succession d'Henri Bouriché. Cette continuité est importante pour comprendre les sculptures issues de l'établissement : la Maison Rouillard hérite non seulement d'un atelier et d'un savoir-faire, mais aussi d'un ensemble de modèles élaborés auparavant. Certaines sculptures diffusées sous le nom Rouillard peuvent ainsi dériver de créations antérieures de Bouriché.

Pierre Rouillard père poursuit l'activité jusqu'à sa mort en 1919. Plusieurs œuvres conservées dans des églises françaises portent son nom et l'Inventaire du patrimoine les rattache explicitement à l'établissement angevin. Une statue de Jeanne d'Arc étudiée en Indre-et-Loire porte par exemple l'inscription « P. Rouillard statuaire Angers M&L » et correspond au numéro 845 du catalogue commercial de la maison.

Pierre Rouillard fils et l'essor de la Maison Rouillard

Après la mort du sculpteur en 1919, l'entreprise passe à son fils, également prénommé Pierre Rouillard, né en 1896. Cette homonymie explique une difficulté fréquente dans l'identification des œuvres. Contrairement à son père, Pierre Rouillard fils n'est pas lui-même sculpteur. Il dirige l'entreprise et poursuit notamment l'édition de nombreux modèles réalisés auparavant par son père.

Sous sa direction, l'établissement connaît sa période la plus importante. L'Inventaire général situe son apogée entre 1920 et la Seconde Guerre mondiale. En 1935, la Maison Rouillard emploie environ cinquante ouvriers et constitue alors, selon l'étude patrimoniale consacrée à l'atelier, la deuxième entreprise française de ce secteur par son importance, derrière « La Statue Religieuse » à Paris.

Cette dimension explique la dispersion géographique actuelle des productions Rouillard. L'atelier n'était pas seulement celui d'un artiste travaillant pour quelques commanditaires locaux : il fonctionnait également comme une entreprise capable de proposer des modèles, de les reproduire et de les commercialiser. Des catalogues permettaient aux paroisses et commanditaires de choisir des statues ou leurs dimensions, comme le montrent les numéros de catalogue encore mentionnés dans certaines notices de l'Inventaire.

« Rouillard statuaire Angers », une marque à interpréter avec prudence

La présence de la marque « ROUILLARD STATUAIRE ANGERS » sur une sculpture constitue une information historique précieuse, mais elle ne signifie pas nécessairement que Pierre Rouillard a personnellement sculpté le modèle. La Maison Rouillard pouvait être à la fois créatrice, fabricante, éditrice ou diffuseuse d'une sculpture. Les notices patrimoniales montrent clairement cette distinction.

Le cas des statues de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus en fournit un excellent exemple. Plusieurs exemplaires portent la marque « ROUILLARD STATUAIRE ANGERS », alors que leur modèle est attribué au sculpteur Louis Richomme, frère Marie-Bernard, moine de l'abbaye de la Trappe de Soligny. Pour ces œuvres, Rouillard intervient donc comme fabricant ou éditeur d'un modèle créé par un autre artiste.

Cette distinction est essentielle lorsqu'une œuvre Rouillard est découverte dans une église. En l'absence de catalogue, de facture, d'archives paroissiales ou d'une notice d'inventaire identifiant précisément son modèle, la formulation la plus rigoureuse consiste à attribuer sa fabrication ou sa diffusion à la Maison Rouillard, sans attribuer automatiquement sa conception à Pierre Rouillard père.

La Conversion de saint Paul dans l'église de Saint-Paul dans l'Orne

Une production de la Maison Rouillard est conservée dans l'église Saint-Paul de la commune de Saint-Paul, près de Flers dans l'Orne. Construite en 1904, cette église possède dans son chœur un ensemble iconographique consacré à son saint patron. L'Inventaire du patrimoine de Normandie indique que les statues de saint Pierre et de saint Paul y encadrent une représentation de la Conversion de saint Paul.

Cette Conversion de saint Paul forme une véritable scène sculptée. Paul, ses compagnons et le cheval composent un groupe mouvementé évoquant l'événement survenu sur le chemin de Damas. Selon le récit des Actes des Apôtres, Saul se rendait à Damas lorsqu'une lumière venue du ciel l'enveloppa et qu'il entendit la voix du Christ. Cet épisode marque le commencement de la transformation de celui qui persécutait les chrétiens en l'apôtre Paul.

La sculpture de Saint-Paul présente surtout un intérêt documentaire particulier : une inscription observée directement sur l'œuvre porte la marque « ROUILLARD STATUAIRE ANGERS ». Cette marque permet de rattacher matériellement le groupe à la Maison Rouillard. En revanche, les sources patrimoniales actuellement accessibles ne permettent pas d'établir avec certitude qui a créé le modèle original de cette composition ni sa date exacte de fabrication.

La construction de l'église en 1904 fournit un repère chronologique important, mais elle ne suffit pas à dater la sculpture de la même année. L'atelier était alors dirigé par Pierre Rouillard père, mort en 1919, puis l'entreprise poursuivit l'édition de modèles sous la direction de son fils. Tant qu'un catalogue Rouillard, une facture paroissiale ou une autre archive n'aura pas permis d'identifier précisément ce groupe, il serait donc imprudent de l'attribuer personnellement à l'un des deux Pierre Rouillard.

groupe sculpté de la Conversion de saint Paul dans le chœur de l'église Saint-Paul

Des modèles reproduits pour les églises

La production Rouillard appartient à une période durant laquelle les ateliers de statuaire religieuse pouvaient diffuser un même modèle dans plusieurs églises. Le moulage permettait notamment de produire des sculptures en plâtre en différentes dimensions ou finitions. Les catalogues commerciaux jouaient alors un rôle essentiel : les commanditaires pouvaient sélectionner un sujet parmi un ensemble de modèles disponibles.

Les études de l'Inventaire permettent parfois de retrouver cette correspondance. Une statue de Jeanne d'Arc fabriquée par Rouillard a ainsi pu être identifiée comme le modèle numéro 845 du catalogue, tandis que sa console correspond au numéro 1303. Un inventaire du mobilier religieux cite également un catalogue commercial intitulé Statues religieuses P. Rouillard Angers (France), daté des environs de 1900.

Cette organisation explique pourquoi la recherche du modèle de la Conversion de saint Paul de l'Orne est particulièrement intéressante. Si un exemplaire du catalogue Rouillard comportant cette composition peut être retrouvé, il pourrait permettre de connaître son numéro commercial, ses dimensions proposées et éventuellement l'auteur du modèle. En l'état actuel des recherches, ces informations ne sont pas établies avec suffisamment de certitude pour être affirmées.

Une production religieuse diffusée bien au-delà de l'Anjou

Les œuvres Rouillard aujourd'hui inventoriées témoignent d'une diffusion qui dépasse largement Angers et le Maine-et-Loire. Les bases patrimoniales recensent notamment des statues de Jeanne d'Arc, de saint Antoine de Padoue ou de sainte Thérèse de Lisieux portant le nom ou la marque de l'établissement dans différentes régions françaises. Certaines œuvres sont précisément identifiées comme ayant été exécutées à Angers.

L'activité de l'atelier dépasse même le territoire français. Le Répertoire du patrimoine culturel du Québec attribue ainsi à l'atelier Bouriché-Rouillard le chemin de croix de la chapelle du Grand Séminaire de Montréal. Cette présence outre-Atlantique illustre l'importance atteinte par les ateliers angevins de statuaire religieuse et les réseaux auxquels ils pouvaient répondre.

Les productions de la Maison Rouillard constituent ainsi aujourd'hui un patrimoine dispersé. Une œuvre conservée dans une petite église rurale peut appartenir à une histoire beaucoup plus vaste reliant un atelier angevin, un catalogue commercial, des modèles sculptés et des commanditaires situés parfois à plusieurs centaines ou milliers de kilomètres d'Angers.

Détail de la marque « ROUILLARD STATUAIRE ANGERS » visible sur la Conversion de saint Paul

La disparition de l'atelier Rouillard

Après la Seconde Guerre mondiale, l'activité de la Maison Rouillard décline progressivement. L'évolution des goûts artistiques, de l'aménagement des églises et de la demande en statuaire religieuse fragilise ce type d'entreprise. L'établissement angevin cesse définitivement son activité en 1962, après plusieurs décennies durant lesquelles son nom avait été associé à une importante production de sculptures religieuses.

Une partie essentielle du patrimoine matériel de l'entreprise disparaît ensuite. Lors de la vente d'une partie du terrain en 1970, les ateliers sont détruits avec leur contenu, comprenant notamment des moules et des modèles originaux. Cette disparition explique en partie les difficultés rencontrées aujourd'hui pour attribuer ou documenter précisément certaines sculptures portant la marque Rouillard.

La maison patronale et l'ancienne galerie d'exposition ont cependant subsisté. Restées dans la famille jusqu'en 2002, elles ont ensuite été vendues en vue d'une transformation en logements, avec conservation partielle de leur aspect extérieur. Leur étude par l'Inventaire général a permis de préserver la mémoire architecturale d'un établissement qui occupa une place importante dans l'histoire de la sculpture religieuse angevine.

La marque Rouillard, témoin de l'histoire de l'église Saint-Paul

La découverte de la marque Rouillard sur la Conversion de saint Paul apporte donc une information qui dépasse la simple identification d'un fabricant. Elle relie une œuvre conservée dans une église du Bocage ornais à l'un des grands ateliers de statuaire religieuse d'Angers. Elle permet également de replacer le mobilier de l'église Saint-Paul dans le contexte plus large de l'équipement des édifices religieux français au tournant des XIXe et XXe siècles.

Cette identification doit toutefois conserver toute sa précision. À ce jour, il est possible d'affirmer que le groupe porte la marque « ROUILLARD STATUAIRE ANGERS » et donc de le rattacher à la Maison Rouillard. Il n'est en revanche pas encore possible d'affirmer, sans document complémentaire, que Pierre Rouillard père en est personnellement le sculpteur, ni de donner une année exacte de fabrication.

Le groupe de la Conversion de saint Paul devient ainsi un intéressant témoin de l'activité de cette maison angevine aujourd'hui disparue. Sa conservation dans le chœur de l'église, à proximité des figures de saint Pierre et de saint Paul, permet encore d'observer une production issue d'un établissement qui, à son apogée, employait une cinquantaine de personnes et diffusait largement ses sculptures religieuses.