orne patrimoine photo decoration
Des photographies qui révèlent, conservent et transmettent le patrimoine local accessible à tous

Auguste Arnaud, sculpteur de la cathédrale de Sées

Auguste Arnaud, un sculpteur français du XIXe siècle

Charles-Auguste Arnaud, généralement désigné sous le nom d'Auguste Arnaud, est un sculpteur français né à La Rochelle en 1825 et mort en 1883. Son œuvre appartient à cette génération de sculpteurs du XIXe siècle qui travailla aussi bien pour les édifices religieux que pour les grands monuments publics et les commandes officielles. Si certaines de ses réalisations parisiennes sont aujourd'hui plus célèbres, son intervention à la cathédrale Notre-Dame de Sées constitue un épisode important de son activité monumentale.

La présence d'Auguste Arnaud à Sées est documentée en 1852. Les sources consacrées au sculpteur lui attribuent le tympan et un ensemble de trente-cinq statues se rapportant à l'histoire de la Vierge. Cette commande intervient dans le contexte de la vaste restauration de la cathédrale entreprise au milieu du XIXe siècle sous la direction de l'architecte diocésain Victor Ruprich-Robert.

Une formation marquée par l'enseignement de François Rude

Avant d'entreprendre les œuvres monumentales qui feront connaître son nom, Auguste Arnaud reçoit une formation artistique à Angers. Il étudie à l'École des beaux-arts d'Angers, puis gagne Paris grâce à une bourse. Son parcours prend alors une importance particulière puisqu'il entre dans l'atelier de François Rude, l'un des grands représentants de la sculpture française de la première moitié du XIXe siècle.

François Rude présente Arnaud en 1842 au concours d'entrée de l'École des beaux-arts de Paris. Le jeune sculpteur s'inscrit ainsi dans le milieu académique parisien tout en bénéficiant de l'enseignement d'un artiste déjà reconnu pour sa sculpture monumentale. Quelques années plus tard, Arnaud commence à présenter régulièrement ses œuvres au Salon, où sa présence est attestée de 1846 à 1865.

Cette formation explique en partie la diversité de sa carrière. Arnaud pratique le portrait sculpté, réalise des statues et participe également à de grands programmes décoratifs. Lorsque son nom apparaît à Sées au début des années 1850, il possède donc déjà une expérience de la sculpture exposée publiquement, même si plusieurs des œuvres monumentales qui assureront plus tard sa notoriété sont encore à venir.

La cathédrale de Sées au cœur d'un immense chantier de restauration

L'intervention d'Auguste Arnaud à Sées ne peut être comprise sans la replacer dans l'histoire mouvementée de la cathédrale Notre-Dame. Au début du XIXe siècle, l'édifice gothique souffre de graves problèmes de stabilité. Plusieurs architectes se succèdent pour consolider les tours, les contreforts et les murs. Ces travaux prennent une nouvelle dimension lorsque Victor Ruprich-Robert devient architecte diocésain de Sées en 1850.

Dans un rapport établi dès 1849, Victor Ruprich-Robert analyse les causes profondes de l'instabilité de la cathédrale. L'édifice repose sur un terrain constitué de remblais correspondant aux constructions et reconstructions successives du sanctuaire. L'architecte entreprend alors une restauration considérable : reprise des fondations, remplacement de parements dégradés et restitution de parties de l'architecture dont l'état ne permet plus une simple réparation.

Le bras sud du transept constitue l'un des premiers grands chantiers de cette campagne. Sa restauration comprend la restitution du pignon et de ses clochetons. La porte de style dorique aménagée à la fin du XVIIIe siècle est supprimée au profit d'un portail néogothique consacré à la Vierge. Les Archives départementales de l'Orne conservent notamment la reproduction d'un projet de Victor Ruprich-Robert daté de 1851 pour ce portail de la Vierge.

Le portail de la Vierge, une création du XIXe siècle

Le portail du bras sud est particulièrement intéressant pour comprendre la restauration de Sées, car il ne s'agit pas simplement de réparer une sculpture médiévale existante. La documentation patrimoniale précise que le tympan de ce portail est créé de toutes pièces au XIXe siècle. Le projet architectural de Victor Ruprich-Robert date de 1851 et l'intervention d'Auguste Arnaud est située en 1852.

Cette chronologie permet de replacer le travail du sculpteur dans un programme cohérent : l'architecte conçoit la restitution néogothique du portail et Arnaud intervient pour son décor sculpté. Les sources consacrées au sculpteur lui attribuent le tympan ainsi que trente-cinq statues relatives à l'histoire de la Vierge. Le décor appartient donc à la grande campagne de restauration du XIXe siècle et ne doit pas être confondu avec la sculpture médiévale originelle de la cathédrale.

Tympan du portail par le sculpteur Charles-Auguste Arnaud

Il convient cependant de rester prudent lorsqu'on cherche à attribuer individuellement chacune des figures visibles sur l'édifice. Les sources générales consultables permettent d'établir l'existence de la commande faite à Arnaud et le nombre de trente-cinq statues, mais elles ne fournissent pas systématiquement une identification détaillée de chaque figure ni une description exhaustive du programme iconographique. Il serait donc hasardeux de donner un nom précis à chacune sans disposer d'un relevé patrimonial ou archivistique spécifique.

Trente-cinq statues consacrées à l'histoire de la Vierge

L'importance numérique de la commande permet de mesurer l'ampleur du travail confié à Auguste Arnaud. Un ensemble de trente-cinq statues dépasse largement la réalisation d'une figure isolée : le sculpteur participe à un véritable programme monumental destiné à s'intégrer à l'architecture du transept. Le thème marial est directement lié à la dédicace du portail de la Vierge et, plus largement, au vocable de la cathédrale Notre-Dame.

La restauration du bras sud du transept est achevée en 1856. Le décor sculpté commandé à Arnaud appartient donc à la première grande phase des travaux conduits par Victor Ruprich-Robert à Sées. L'architecte poursuivra ensuite son intervention sur d'autres parties de l'édifice, notamment le bras nord du transept puis le chœur, dans le cadre d'un chantier qui transformera profondément l'apparence de la cathédrale au cours de la seconde moitié du XIXe siècle.

Un détail complique aujourd'hui la lecture de cette intervention : la documentation des Archives départementales de l'Orne indique que le portail de la Vierge et son tympan sont actuellement masqués par la galerie donnant accès à la sacristie. L'œuvre d'Arnaud à Sées est donc moins immédiatement perceptible par le visiteur que ne le laisserait supposer l'importance de la commande de 1852.

Un sculpteur associé aux grands décors monumentaux

La commande de Sées prend davantage de relief lorsqu'elle est rapprochée des autres travaux monumentaux d'Auguste Arnaud. Le sculpteur intervient notamment sur la tour Saint-Jacques à Paris et participe quelques années après Sées au décor du nouveau pont de l'Alma. Ces différents chantiers témoignent de son activité dans le domaine de la sculpture destinée à l'architecture et à l'espace public.

Pour le pont de l'Alma, construit sous le Second Empire, Arnaud réalise deux grandes figures militaires : le Chasseur à pied et l'Artilleur. Elles complètent le Zouave et le Grenadier confiés au sculpteur Georges Diebolt. L'ensemble commémore la bataille de l'Alma de 1854, remportée pendant la guerre de Crimée. Ces sculptures monumentales deviennent parmi les réalisations les plus connues associées au nom d'Arnaud.

Le parcours du sculpteur ne se limite toutefois pas aux statues monumentales. Les collections publiques conservent également plusieurs de ses portraits. Le musée d'Orsay référence notamment le Comte Frédéric de Clarac, daté de 1854, et le portrait de l'architecte Pierre Fontaine, daté de 1857. Ces œuvres montrent qu'Arnaud pratique parallèlement une sculpture de portrait beaucoup plus resserrée que les vastes programmes décoratifs auxquels appartient le chantier de Sées.

Auguste Arnaud dans la sculpture française du Second Empire

Les années qui entourent la commande de Sées correspondent à une période particulièrement active de la carrière d'Arnaud. Son intervention à la cathédrale est datée de 1852 ; le monument consacré à Fleuriau de Bellevue à La Rochelle est réalisé peu après ; ses portraits de Clarac et Fontaine appartiennent également aux années 1850 ; enfin, les grandes figures du pont de l'Alma sont exécutées dans la seconde moitié de cette décennie.

Arnaud poursuit ses envois au Salon jusqu'en 1865. Parmi les œuvres de sa maturité figure la Vénus aux cheveux d'or, datée de 1862 et aujourd'hui conservée dans les collections du musée d'Orsay. La documentation du musée confirme l'identité complète du sculpteur, Charles Auguste Arnaud, sa naissance à La Rochelle en 1825 et sa mort en 1883.

Cette carrière permet de replacer Sées dans un contexte artistique national. L'auteur des sculptures commandées pour la cathédrale n'est pas un praticien local dont l'activité se serait limitée à l'Orne : il s'agit d'un sculpteur formé à Angers puis à Paris auprès de François Rude, exposant au Salon et sollicité pour des commandes publiques importantes. La présence de ses œuvres à Sées témoigne ainsi des moyens artistiques mobilisés pour la restauration de la cathédrale au XIXe siècle.

Une œuvre qui témoigne de la restauration néogothique de Sées

Les sculptures d'Auguste Arnaud constituent enfin un témoignage précieux sur la manière dont les monuments médiévaux étaient restaurés au XIXe siècle. À Sées, Victor Ruprich-Robert ne se contente pas de consolider les maçonneries existantes : certaines parties disparues ou profondément transformées au cours des siècles précédents sont restituées dans un langage gothique destiné à retrouver la cohérence architecturale de l'édifice.

Le portail de la Vierge illustre parfaitement cette démarche. La porte dorique aménagée au XVIIIe siècle est remplacée par une composition néogothique ; un nouveau tympan est conçu et un vaste programme de statues est commandé. L'ensemble visible aujourd'hui résulte donc du dialogue entre un monument médiéval et une restauration du XIXe siècle conduite selon les principes patrimoniaux de son époque.

Identifier Auguste Arnaud permet ainsi de mieux lire la cathédrale Notre-Dame de Sées. Derrière l'apparente unité gothique de l'édifice se cachent plusieurs siècles de constructions, de transformations et de restaurations. Les sculptures réalisées ou conçues par Arnaud en 1852 appartiennent à cette histoire complexe : elles rappellent que le patrimoine de Sées est aussi le résultat du travail des architectes, sculpteurs et artisans qui, au XIXe siècle, ont contribué à sauver et à recomposer l'un des principaux monuments religieux de l'Orne.