orne patrimoine photo decoration
Des photographies qui révèlent, conservent et transmettent le patrimoine local accessible à tous

Émile Bazire, maître-verrier à Argentan et auteur de vitraux

Émile Bazire, un peintre-verrier ornais du XIXe siècle

Émile Bazire est un peintre-verrier actif dans l'Orne à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Son nom demeure aujourd'hui attaché à plusieurs ensembles de vitraux conservés dans les églises du département, notamment à Almenêches. Les notices de l'Inventaire général du patrimoine culturel le désignent comme peintre-verrier et situent son atelier à Argentan, qui constitue le principal point d'ancrage documenté de son activité professionnelle.

Les renseignements biographiques actuellement accessibles sur Émile Bazire restent cependant beaucoup plus limités que la documentation concernant ses œuvres. Il convient donc de ne pas lui attribuer sans preuve une date ou un lieu de naissance, une formation artistique précise ou des liens familiaux particuliers avec Argentan. Son parcours professionnel est en revanche mieux connu grâce aux signatures portées sur les verrières et aux recherches de l'Inventaire du patrimoine.

Argentan, centre de l'activité d'Émile Bazire

Argentan occupe une place essentielle dans l'histoire d'Émile Bazire. Plusieurs vitraux portent directement le nom de la ville à côté de celui du peintre-verrier. À l'église Sainte-Opportune d'Almenêches, les inscriptions relevées par l'Inventaire sont particulièrement explicites : « E. BAZIRE / 1888 / ARGENTAN » pour la verrière de l'Immaculée Conception, « ARGENTAN / 1889 / E. BAZIRE » pour celle de sainte Opportune et « BAZIRE ARGENTAN 1890 » pour la grande verrière des Mystères du Rosaire.

Ces signatures ne constituent pas seulement une marque d'auteur. Elles permettent de rattacher matériellement les œuvres à leur lieu d'exécution, puisque l'Inventaire général indique également Argentan comme lieu de création de ces trois verrières. À la fin du XIXe siècle, des vitraux destinés à une église située à plusieurs dizaines de kilomètres pouvaient ainsi sortir d'un atelier argentanais avant d'être installés dans leur édifice de destination.

L'activité de Bazire contribue de ce fait à éclairer un aspect moins immédiatement visible du patrimoine d'Argentan. La ville n'est pas seulement riche de ses propres édifices : elle a également abrité un atelier dont la production a été diffusée dans d'autres communes de l'Orne. Les signatures conservées sur les vitraux constituent aujourd'hui les témoins directs de ce rayonnement artistique local.

D'Amédée Ledien à Émile Bazire : la transmission d'un atelier

L'activité d'Émile Bazire ne commence pas avec les verrières d'Almenêches des années 1888 à 1890. L'Inventaire du patrimoine documente auparavant sa présence aux côtés d'Amédée Ledien, autre peintre-verrier établi à Argentan. À l'église Saint-Martin de L'Aigle, le tympan de la verrière consacrée à la vie de saint Portien est ainsi attribué en 1883 à l'atelier Ledien-Bazire d'Argentan.

Cette association permet de replacer Bazire dans une continuité professionnelle précisément documentée. L'Inventaire indique qu'Émile Bazire reprend en 1885 l'atelier d'Amédée Ledien. Il ne s'agit donc pas de deux ateliers argentanais totalement indépendants se succédant par hasard, mais d'une transmission directe qui explique la continuité de leur présence dans les édifices religieux de l'Orne.

Cette succession est particulièrement intéressante à Almenêches. Amédée Ledien avait travaillé pour l'ancienne église abbatiale avant que Bazire n'y intervienne à son tour. Lorsque celui-ci réalise ses verrières à la fin des années 1880, il poursuit donc dans le même édifice une histoire du vitrail argentanais commencée par son prédécesseur.

Les trois verrières d'Émile Bazire à l'église Sainte-Opportune d'Almenêches

L'église Sainte-Opportune d'Almenêches conserve un ensemble particulièrement bien documenté de trois verrières réalisées par Émile Bazire. L'Inventaire général les situe dans les baies 103, 104 et 115 : la première se trouve dans la chapelle Sainte-Opportune, la deuxième dans la chapelle Notre-Dame et la troisième sur la façade occidentale. Elles ont été exécutées successivement en 1888, 1889 et 1890.

Vitrail de l'Immaculée Conception à Almenêches

La baie 104, datée de 1888, représente l'Immaculée Conception. La Vierge y écrase le serpent et une demi-lune apparaît à ses pieds. L'Inventaire décrit la figure comme insérée dans un riche cadre architecturé néo-Renaissance, posé sur un fond mosaïqué et entouré d'une bordure en rinceaux stylisés. C'est dans cette bordure inférieure que se trouve la signature « E. BAZIRE / 1888 / ARGENTAN ».

La baie 103 est consacrée à sainte Opportune et porte la date de 1889. La sainte, étroitement associée à l'histoire religieuse d'Almenêches, y est représentée tenant le Sacré-Cœur entre ses mains. Comme la verrière de l'Immaculée Conception, elle prend place dans un décor néo-Renaissance sur fond mosaïqué. Sa signature, relevée par l'Inventaire, associe une nouvelle fois sans ambiguïté l'œuvre, son auteur et la ville d'Argentan.

La grande verrière des Mystères du Rosaire de 1890

La troisième réalisation de Bazire recensée à Almenêches est beaucoup plus développée. Datée de 1890 et située dans la baie 115 de la façade occidentale, la verrière des Mystères du Rosaire se compose de cinq lancettes en plein cintre surmontées d'un tympan ajouré. Elle porte la signature « BAZIRE ARGENTAN 1890 », qui confirme une nouvelle fois son origine argentanaise.

Le programme iconographique répartit les Mystères du Rosaire entre les différentes lancettes. On y rencontre notamment l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, la Présentation au Temple, Jésus au milieu des docteurs, l'Agonie au jardin des Oliviers, la Flagellation, le Couronnement d'épines, le Portement de Croix, la Crucifixion, la Résurrection et l'Ascension. Le tympan complète ce cycle par plusieurs autres représentations religieuses, parmi lesquelles la Pentecôte, le Couronnement et la mort de la Vierge ainsi que saint Dominique recevant le rosaire.

Un détail permet de replacer cette verrière dans son contexte religieux contemporain. Le pape Léon XIII y est représenté à genoux devant un parchemin faisant référence à « Supremi apostolatus », encyclique publiée en 1883 et consacrée à la dévotion du Rosaire. La verrière de 1890 ne constitue donc pas seulement une évocation traditionnelle de scènes bibliques : son programme fait également référence à la vie de l'Église de la fin du XIXe siècle.

Une œuvre présente dans plusieurs églises de l'Orne

Almenêches n'est pas le seul lieu du département où le travail d'Émile Bazire est conservé. L'Inventaire général lui attribue notamment des verrières dans l'ancienne église abbatiale Notre-Dame de Silly-en-Gouffern, devenue église paroissiale Saint-Laurent. Quatre verrières figurées y sont attribuées à Bazire, tandis que quatre autres baies de l'ensemble présentent un décor ornemental.

Vitrail de saint Frogent à Exmes

Les sujets de Silly-en-Gouffern témoignent de l'adaptation du peintre-verrier à l'histoire particulière de l'édifice. Ils comprennent Jésus bénissant les enfants, l'Enseignement du Christ, une leçon de musique donnée par Henry Du Mont et la fondation de l'abbaye de Silly. Cette dernière scène représente l'impératrice Mathilde présentant le projet de la future abbaye à frère Drogon, ce qui inscrit directement la verrière dans la mémoire historique du monument.

À L'Aigle, la documentation patrimoniale apporte un témoignage plus ancien sur l'activité de Bazire. Le tympan de la verrière de saint Portien, dans l'église Saint-Martin, est donné comme une réalisation de 1883 de l'atelier Ledien-Bazire d'Argentan. Cette intervention, antérieure de deux ans à la reprise de l'atelier par Bazire, constitue un jalon important pour comprendre son parcours professionnel.

Un langage décoratif caractéristique du vitrail religieux du XIXe siècle

Les verrières d'Almenêches permettent d'observer plusieurs caractéristiques précises du travail attribué à Bazire. L'Inventaire mentionne l'emploi de verre transparent peint, de grisaille sur verre et d'un réseau de plomb. Dans les verrières de sainte Opportune et de l'Immaculée Conception, la figure principale se détache sur un fond mosaïqué au sein d'une architecture décorative néo-Renaissance.

Les rinceaux stylisés qui bordent ces compositions participent à l'encadrement de la figure tout en accueillant la signature du peintre-verrier. À Silly-en-Gouffern, l'Inventaire relève également des bordures néo-Renaissance ornées d'entrelacs de rinceaux pour plusieurs baies figurées. Ces observations permettent de rapprocher certaines œuvres sur des critères documentés, sans pour autant attribuer automatiquement à Bazire tout vitrail ornais présentant un décor comparable.

La diversité des programmes connus montre également que l'atelier ne se limitait pas à des figures isolées de saints. Les œuvres recensées comprennent des compositions hagiographiques, des épisodes de la vie du Christ et de la Vierge, de vastes cycles narratifs et des scènes faisant référence à l'histoire locale. Cette capacité à intégrer l'identité d'un édifice dans son décor apparaît notamment à Almenêches et à Silly-en-Gouffern.

Émile Bazire, un lien entre Argentan et le patrimoine religieux de l'Orne

L'intérêt patrimonial d'Émile Bazire réside ainsi autant dans ses œuvres que dans leur implantation géographique. Les documents de l'Inventaire permettent de suivre un peintre-verrier installé à Argentan dont le travail est conservé dans plusieurs communes de l'Orne. À travers son atelier, Argentan apparaît comme un lieu de production d'éléments destinés à enrichir ou restaurer le décor d'églises du département au cours des dernières décennies du XIXe siècle.

Almenêches fournit l'un des témoignages les plus complets de cette relation. Trois verrières successives, datées de 1888, 1889 et 1890, y portent le nom de Bazire associé explicitement à celui d'Argentan. Elles permettent aujourd'hui de documenter avec une précision rare trois années consécutives de son activité et de relier matériellement deux communes de l'Orne par l'histoire du vitrail.

Cette présence prend une dimension supplémentaire lorsqu'elle est replacée dans la continuité de l'atelier Ledien. Documenté aux côtés d'Amédée Ledien avant 1885, puis successeur de celui-ci à la tête de l'atelier, Émile Bazire appartient à une histoire locale du vitrail dont les œuvres sont encore visibles dans les édifices religieux. Les verrières conservées constituent donc des sources matérielles essentielles pour connaître son activité, même si de nombreux éléments de sa biographie personnelle restent encore à documenter.

Un patrimoine signé encore visible aujourd'hui

Les signatures constituent l'un des éléments les plus précieux pour identifier les œuvres d'Émile Bazire. À Almenêches, les mentions « E. BAZIRE » ou « BAZIRE » sont accompagnées d'une date et du nom d'Argentan. Elles permettent au visiteur qui observe attentivement la partie inférieure des verrières de retrouver la trace du peintre-verrier et de comprendre que ces vitraux sont aussi les produits d'un atelier artistique local.

L'étude d'Émile Bazire invite ainsi à regarder différemment les vitraux des églises de l'Orne. Derrière les représentations de saints et les grandes compositions religieuses apparaît un réseau d'artisans, d'ateliers et de commandes reliant Argentan aux communes environnantes. À Almenêches, les verrières de 1888, 1889 et 1890 constituent aujourd'hui un ensemble particulièrement précieux pour conserver la mémoire de ce maître-verrier argentanais et de son rôle dans le patrimoine religieux ornais.