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Nicolas-Jacques Conté : un inventeur né dans l'Orne

Nicolas-Jacques Conté, un inventeur né près de Sées en 1755

Nicolas-Jacques Conté naît le 4 août 1755 à Saint-Céneri, près de Sées, dans l'actuel département de l'Orne. Il ne faut pas confondre ce lieu avec Saint-Céneri-le-Gérei, village situé dans l'ouest du département. Le Saint-Céneri où naît Conté est une ancienne paroisse aujourd'hui rattachée à la commune d'Aunou-sur-Orne, immédiatement voisine de Sées. Cette origine géographique explique le lien particulièrement fort que la mémoire locale entretient encore avec l'inventeur.

La Bibliothèque nationale de France présente Conté comme peintre, chimiste et inventeur et rappelle qu'il est notamment l'inventeur du crayon qui porte son nom. Son parcours est pourtant beaucoup plus vaste. Peinture, mécanique, chimie, aérostation, procédés industriels et gravure jalonnent une carrière remarquablement diverse. Cette polyvalence explique que ses contemporains aient souvent insisté autant sur son habileté manuelle que sur ses connaissances scientifiques.

Nicolas-Jacques Conté (1755 - 1805)

Sées, lieu de formation du jeune Nicolas-Jacques Conté

L'enfance et la jeunesse de Conté sont étroitement liées à Sées. Les biographies anciennes indiquent que plusieurs femmes de sa famille appartenaient à la communauté religieuse de l'Hôtel-Dieu de la ville. C'est dans cet environnement qu'apparaissent ses dispositions pour le dessin, la peinture et les travaux manuels. Les récits biographiques insistent sur sa capacité à fabriquer lui-même les instruments ou les matières dont il avait besoin, caractéristique que l'on retrouvera plus tard dans son activité d'inventeur.

L'Hôtel-Dieu de Sées conserve surtout la mémoire de ses premiers travaux artistiques. Le jeune Conté réalise des peintures religieuses pour la chapelle de l'établissement. Cette activité est antérieure à sa carrière scientifique et rappelle un aspect parfois oublié du personnage : avant d'être connu comme mécanicien et chimiste, Conté exerce véritablement comme peintre. Les sources du Musée des Arts et Métiers soulignent d'ailleurs le succès qu'il rencontre ensuite comme portraitiste auprès des notables de sa Normandie natale.

Du peintre normand au savant installé à Paris

Conté quitte progressivement le cadre de Sées pour développer ses activités artistiques et scientifiques. Installé à Paris, il gagne d'abord sa vie grâce à la peinture et fréquente l'entourage du duc d'Orléans. Ses compétences dépassent cependant largement le portrait. Il étudie la physique, la mécanique et la chimie et se rapproche des milieux scientifiques qui jouent un rôle déterminant dans les années de la Révolution française.

En 1793, le Comité de salut public fait appel à lui dans le cadre des recherches consacrées aux aérostats militaires. Conté travaille notamment sur les procédés nécessaires à la production d'hydrogène et à la réalisation des ballons d'observation. Il participe ainsi aux débuts de l'aérostation militaire française et dirige ensuite l'École nationale aérostatique de Meudon. Un accident survenu au cours de ses expérimentations lui fait perdre l'usage d'un œil, détail caractéristique de plusieurs de ses portraits ultérieurs.

1795 : l'invention du crayon qui porte encore son nom

L'invention la plus célèbre de Nicolas-Jacques Conté naît d'un problème très concret. Pendant les guerres révolutionnaires, la France connaît des difficultés d'approvisionnement en graphite de bonne qualité provenant d'Angleterre. Cette matière est indispensable aux crayons utilisés par les dessinateurs, les artisans et de nombreuses professions techniques. Conté reçoit alors la mission de rechercher une solution permettant de produire des mines sans dépendre du graphite anglais.

Il met au point un procédé consistant à réduire le graphite en poudre, à le mélanger à de l'argile puis à cuire le mélange afin d'obtenir une mine artificielle. La proportion des matières et les conditions de fabrication permettent en outre d'obtenir différentes duretés. La mine est ensuite placée dans une enveloppe de bois. Le principe est fondamentalement celui qui demeure utilisé pour fabriquer le crayon graphite moderne.

Conté dépose en janvier 1795 un brevet pour ses « crayons artificiels ». Les archives de l'Institut national de la propriété industrielle conservent la trace de ce brevet. L'invention permet de remplacer une matière première rare par un mélange utilisant du graphite ordinaire et de l'argile et rend possible une fabrication industrielle. La réussite est suffisamment importante pour que le nom Conté finisse par rester durablement associé aux instruments de dessin.

Extrait de la demande de brevet d'invention du procédé pour faires des crayons artificiels

Conté et les débuts du Conservatoire des arts et métiers

Le parcours de Conté croise également l'histoire du Conservatoire national des arts et métiers, créé pendant la Révolution. Il y occupe les fonctions de démonstrateur. L'objectif du Conservatoire est alors de mettre les machines, modèles et procédés techniques à la disposition de ceux qui souhaitent se former aux arts mécaniques et à l'industrie. Le Musée des Arts et Métiers cite Conté parmi les hommes de science qui expliquent directement aux artisans et aux ouvriers le fonctionnement des machines conservées dans les collections.

Cette fonction correspond particulièrement bien à sa manière de travailler. Chez Conté, la connaissance scientifique est constamment associée à la réalisation matérielle. Il ne se limite pas à concevoir des procédés : il fabrique, expérimente et cherche à rendre les techniques reproductibles. À partir de 1801, il siège également au conseil de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale et appartient à son comité des arts mécaniques, fonctions confirmées par le Comité des travaux historiques et scientifiques.

L'expédition d'Égypte et les ateliers du Caire

En 1798, Nicolas-Jacques Conté participe à l'expédition d'Égypte conduite par Bonaparte. Il fait partie de cette importante équipe de savants, ingénieurs, dessinateurs et techniciens chargée d'accompagner l'armée française. Il devient membre de l'Institut d'Égypte, où il figure dans la section de physique aux côtés de savants comme Claude-Louis Berthollet.

Au Caire, Conté dirige des ateliers de mécanique destinés à répondre aux besoins de l'expédition. Son rôle consiste notamment à trouver localement des solutions lorsque les équipements ou les matières venus de France manquent. Ses compétences de mécanicien, chimiste et dessinateur trouvent ici un terrain d'application exceptionnel. Les sources biographiques lui attribuent la fabrication ou l'adaptation de nombreux instruments, machines et outils nécessaires aux militaires comme aux savants.

Son activité égyptienne possède également une dimension artistique et documentaire. Conté réalise des dessins liés aux travaux qui aboutiront à la monumentale Description de l'Égypte. La Bibliothèque nationale de France conserve notamment des documents graphiques associés à son nom. À son retour, il travaille à des procédés de gravure permettant de faciliter la préparation de cette publication scientifique exceptionnelle.

Un lien particulièrement fort entre Nicolas-Jacques Conté et Sées

Le lien entre Nicolas-Jacques Conté et Sées est beaucoup plus profond qu'une simple proximité avec son lieu de naissance. Né le 4 août 1755 à Saint-Céneri, près de Sées, dans une paroisse aujourd'hui rattachée à Aunou-sur-Orne, Conté passe une partie déterminante de sa jeunesse à Sées. C'est dans cette ville que se manifestent ses premières dispositions pour le dessin, la peinture et les travaux manuels, bien avant qu'il ne devienne l'inventeur et le technicien célèbre de la période révolutionnaire.

Les Archives départementales de l'Orne conservent une trace particulièrement intéressante de cette période. Dans leur présentation historique de l'Hôtel-Dieu de Sées, elles indiquent que Nicolas-Jacques Conté y fut placé adolescent sous la protection de la mère supérieure. La chapelle de l'établissement conserve un ensemble de boiseries ornées de peintures qui auraient été exécutées par le jeune Conté. La formulation prudente des Archives invite à conserver cette attribution comme telle plutôt qu'à la présenter comme une certitude absolue.

Ces œuvres donnent néanmoins une dimension très concrète aux années séennes de Conté. Avant le chimiste, l'aérostier, le mécanicien de l'expédition d'Égypte et l'inventeur des crayons artificiels apparaît ainsi un jeune homme formé dans l'environnement de Sées et déjà attiré par les arts. La ville constitue donc l'un des lieux essentiels pour comprendre la première partie de son parcours.

Hôtel-Dieu de Sées

Les peintures de l'Hôtel-Dieu, témoignage de la jeunesse de Conté

Les panneaux peints de l'ancien Hôtel-Dieu présentent un intérêt particulier dans l'histoire de Nicolas-Jacques Conté. Le ministère de la Culture recense dans l'hôpital de Sées un ensemble de quatorze panneaux peints représentant notamment des figures et scènes religieuses. Ces œuvres sont protégées au titre des Monuments historiques et appartiennent donc aujourd'hui au patrimoine mobilier reconnu de la ville.

Il faut toutefois distinguer l'existence et la protection de ces peintures, qui sont documentées, de leur attribution à Conté. Les Archives départementales de l'Orne emploient à leur sujet une formulation conditionnelle : elles « auraient été exécutées par Nicolas-Jacques Conté ». En l'absence d'un document permettant d'établir avec certitude la participation de l'artiste à chacun des panneaux, cette prudence doit être conservée.

L'intérêt historique de cet ensemble demeure considérable. Conté est aujourd'hui principalement associé au dessin par l'intermédiaire du crayon qui porte son nom, mais il fut d'abord peintre. Les œuvres conservées à Sées permettent ainsi d'évoquer cette première vocation artistique et de rappeler que sa maîtrise du dessin et des techniques graphiques précède ses grandes inventions de la période révolutionnaire.

Sées rend hommage à Conté dès le milieu du XIXe siècle

Après la mort de Nicolas-Jacques Conté à Paris en 1805, Sées n'oublie pas l'homme qui avait passé une partie de sa jeunesse dans la ville. Dès 1845, le conseil municipal lance l'idée de lui élever un monument. Cette initiative est remarquable par sa précocité : quarante ans seulement après la disparition de l'inventeur, la municipalité souhaite inscrire durablement sa mémoire dans l'espace public.

Le projet aboutit en 1852 avec l'érection d'une statue monumentale en bronze réalisée par le sculpteur Jules-Antoine Droz. Le monument est inauguré le 6 octobre 1852 et installé place du Parquet. Conté y apparaît en pied sur un piédestal accompagné de deux bas-reliefs. L'ensemble ne célèbre pas uniquement l'inventeur du crayon : il construit véritablement le portrait d'un homme universel, capable d'associer les sciences, les techniques et les arts.

Statue complète de Jules-Antoine Droz avant sa disparition

Un monument qui racontait la vie de Nicolas-Jacques Conté

Le monument de Sées possédait une véritable dimension narrative. L'un des bas-reliefs représentait Conté enfant étudiant, tandis qu'une figure allégorique lui faisait entrevoir l'hommage que ses concitoyens lui rendraient un jour. Cette scène associait ainsi explicitement l'enfance de Conté à la reconnaissance future de la ville qui avait accompagné ses premières années.

Le second bas-relief évoquait une période beaucoup plus tardive de son existence : Conté en Égypte, formant des ouvriers et transmettant des procédés techniques. Le monument rapprochait donc deux moments éloignés de sa vie, la formation du jeune homme et l'activité du savant et mécanicien pendant l'expédition d'Égypte. Il résumait ainsi visuellement le chemin parcouru depuis le pays de Sées jusqu'aux grandes entreprises scientifiques de la France révolutionnaire.

Le piédestal portait également plusieurs inscriptions célébrant la polyvalence de Conté. Des paroles attribuées à Monge et Berthollet insistaient sur l'étendue de ses connaissances et sur son importance au sein de l'expédition d'Égypte. Le monument conçu à Sées ne réduisait donc pas Conté à son invention la plus célèbre : il entendait honorer à la fois le peintre, le mécanicien, le chimiste, le technicien et l'inventeur.

La statue de Conté sacrifiée pendant la Seconde Guerre mondiale

Le monument inauguré en 1852 ne nous est malheureusement pas parvenu intact. Pendant la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre des réquisitions de métaux non ferreux, la statue en bronze est enlevée afin d'être fondue. La base documentaire À nos Grands Hommes, constituée à partir notamment de la documentation du musée du Louvre et des travaux de l'Inventaire, situe cette disparition entre 1942 et 1944.

Une partie essentielle de l'œuvre échappe cependant à la destruction. Le maire de Sées et plusieurs habitants réussissent à sauver la tête de la statue. Après la Libération, ce fragment est replacé sur un support dans un enclos situé à proximité de la mairie. Le visage en bronze visible aujourd'hui est donc bien un vestige de la statue monumentale de Jules-Antoine Droz inaugurée au XIXe siècle, et non un simple buste réalisé ultérieurement en hommage à Conté.

Buste de Nicolas-Jacques Conté devant la cathédrale de Sées

De Saint-Céneri à Sées, les racines ornaises d'un inventeur

La mémoire de Nicolas-Jacques Conté à Sées repose ainsi sur des éléments particulièrement concrets. Son lieu de naissance se trouve à quelques kilomètres de la ville, dans l'ancienne paroisse de Saint-Céneri-près-Sées. Adolescent, il est accueilli à l'Hôtel-Dieu de Sées, où des peintures de la chapelle lui sont traditionnellement attribuées. Un siècle plus tard, la ville conserve encore le souvenir matériel de l'imposant monument qu'elle lui avait consacré en 1852.

Ce parcours permet également de mieux comprendre la personnalité de Conté. Les activités qui feront sa réputation nationale ne surgissent pas sans précédent lorsqu'il arrive dans les milieux scientifiques parisiens. Son goût pour le dessin, son aptitude à fabriquer et expérimenter et son intérêt pour les procédés matériels sont déjà présents dans les récits concernant ses années de jeunesse. Sées constitue à ce titre le premier territoire identifiable de sa formation artistique et technique.

Nicolas-Jacques Conté, une figure majeure du patrimoine de Sées

Nicolas-Jacques Conté meurt à Paris le 6 décembre 1805 après une carrière qui l'a conduit bien au-delà de sa Normandie natale. Peintre devenu mécanicien et chimiste, spécialiste de l'aérostation militaire, inventeur des crayons artificiels, démonstrateur au Conservatoire des arts et métiers et membre de l'expédition d'Égypte, il appartient à cette génération pour laquelle les frontières entre les arts, les sciences et les techniques demeurent particulièrement perméables.

Sées occupe pourtant une place singulière dans cette trajectoire. La ville est à la fois celle de sa jeunesse, de ses premières activités artistiques connues et de sa commémoration publique au XIXe siècle. Les panneaux de l'Hôtel-Dieu, avec la prudence qu'impose leur attribution, le monument élevé par la municipalité en 1852 et la tête de bronze sauvée de la fonte pendant la Seconde Guerre mondiale constituent trois jalons d'une mémoire locale qui s'étend sur plus de deux siècles.

Pour le patrimoine de Sées, Conté représente donc bien davantage que l'inventeur dont le nom reste associé aux crayons de dessin. Son histoire relie directement la ville à l'essor des sciences et des techniques à la fin du XVIIIe siècle, à l'expédition d'Égypte et aux débuts de l'industrialisation des procédés graphiques. Sées demeure en même temps le lieu où l'on peut retrouver les traces les plus anciennes de sa vocation artistique et l'un des principaux témoignages monumentaux de la reconnaissance accordée à cet inventeur né dans l'Orne.