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Jules-Antoine Droz, sculpteur à Sées

Jules-Antoine Droz, un sculpteur français du XIXe siècle

Jules-Antoine Droz est un sculpteur français né à Paris le 12 mars 1804 et mort dans cette même ville le 26 janvier 1872. Actif pendant une grande partie du XIXe siècle, il appartient à une génération de sculpteurs sollicités aussi bien pour les Salons que pour les grands programmes monumentaux et décoratifs de l'État. Plusieurs de ses œuvres sont encore conservées ou visibles dans des monuments français.

Son nom possède également une place dans l'histoire du patrimoine de l'Orne. En 1852, Droz réalise la sculpture du monument consacré à Nicolas-Jacques Conté à Sées. Cette commande commémore l'un des personnages les plus célèbres originaires du territoire et constitue aujourd'hui le principal lien entre Jules-Antoine Droz et le patrimoine ornais.

Une famille étroitement liée aux arts

Jules-Antoine Droz est le fils de Jean-Pierre Droz, graveur et médailleur réputé né à La Chaux-de-Fonds en 1746. Jean-Pierre Droz travailla notamment dans le domaine de la monnaie et de la médaille et transmit à son fils une première formation artistique. Jules-Antoine appartient ainsi à une famille dans laquelle la pratique des arts se transmet sur plusieurs générations.

Cette continuité familiale se poursuit avec Gustave Droz, fils de Jules-Antoine. Né en 1832, celui-ci se consacre d'abord à la peinture avant de devenir un écrivain à succès. Trois générations associent ainsi le nom Droz à la gravure, la sculpture, la peinture et la littérature, même si chacune développe une carrière distincte.

La formation de Droz et ses débuts au Salon

Après avoir reçu l'enseignement de son père, Jules-Antoine Droz se forme auprès du sculpteur Pierre Cartellier. Il entre à l'École des beaux-arts de Paris en 1820. Cartellier, qui avait lui-même participé à d'importantes commandes officielles sous l'Empire et la Restauration, constitue alors une référence majeure dans l'enseignement de la sculpture française.

Droz fait ses débuts au Salon en 1831 avec une œuvre consacrée à son père, Jean-Pierre Droz. Deux ans plus tard, il obtient une médaille au Salon de 1833. Ces participations l'inscrivent dans le système officiel des expositions parisiennes, alors déterminant pour la carrière et la reconnaissance des artistes.

Sa carrière se poursuit pendant plusieurs décennies. Il reçoit notamment une médaille à l'Exposition universelle de 1855 et est nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1854. Une médaille commémorative frappée après sa mort rappelle d'ailleurs sa qualité de statuaire, de chevalier de la Légion d'honneur et de chevalier de l'ordre du Christ du Portugal.

Le Génie du Mal et les premières œuvres importantes

Parmi les œuvres anciennes les mieux identifiées de Jules-Antoine Droz figure Le Génie du Mal, réalisé en 1838 pour le château de Compiègne. Cette sculpture appartient à la première partie de sa carrière et témoigne de son insertion précoce dans les commandes destinées aux résidences et institutions publiques.

Droz présente également Le Lierre, étude de femme au Salon de 1842. Le musée des Beaux-Arts de Reims conserve par ailleurs une petite Bacchante en marbre blanc portant la signature gravée « JULES DROZ ». Cette œuvre, entrée dans les collections rémoises par le don Émile Walbaum en 1934, témoigne d'une autre facette de sa production sculptée.

Le musée de Reims met d'ailleurs cette Bacchante en relation avec Le Lierre. Ces œuvres montrent que la production de Droz ne se limite pas aux monuments commémoratifs : figures allégoriques, sujets mythologiques, portraits et sculptures destinées à l'architecture composent un corpus diversifié.

1852 : Jules-Antoine Droz réalise le monument à Nicolas-Jacques Conté à Sées

Le lien majeur entre Jules-Antoine Droz et l'Orne apparaît à Sées avec le monument consacré à Nicolas-Jacques Conté. Né à Saint-Céneri-près-Sées en 1755, Conté s'était illustré comme peintre, physicien, mécanicien et inventeur. Sa renommée est notamment attachée à la fabrication des crayons à mine artificielle qui portent encore son nom.

Le monument de Sées est une réalisation collective. La sculpture est confiée à Jules-Antoine Droz, tandis que l'architecture du monument est due à Victor Ruprich-Robert. La fonte est exécutée par Eck. Ces attributions sont documentées par les travaux de l'Inventaire du patrimoine de Basse-Normandie consacrés aux monuments publics de la région.

Le monument est inauguré le 7 octobre 1852. Cette date place sa réalisation dans une période où Droz possède déjà une expérience importante de la sculpture officielle. L'œuvre de Sées précède de quelques années les commandes qu'il exécutera pour les grands décors du nouveau Louvre sous le Second Empire.

Nicolas-Jacques Conté représenté dans sa ville

Le choix de Nicolas-Jacques Conté pour un monument public à Sées répond à une volonté de célébrer une personnalité originaire du territoire. Né à proximité immédiate de la ville, Conté avait acquis une réputation nationale grâce à ses activités scientifiques, techniques et artistiques. Le monument inscrit ainsi sa mémoire dans l'espace public de la ville ornaise.

Buste de Conté, par Jules-Antoine Droz

Droz représente Conté en bronze. L'œuvre s'inscrit dans le développement, au XIXe siècle, des monuments publics consacrés aux personnages considérés comme des gloires locales ou nationales. Dans ce contexte, la sculpture monumentale permet aux villes de matérialiser dans l'espace public le souvenir des savants, artistes, militaires ou hommes politiques liés à leur histoire.

La commande confiée à un sculpteur parisien déjà reconnu et la participation de Victor Ruprich-Robert donnent au projet une dimension dépassant la simple commémoration locale. Victor Ruprich-Robert deviendra d'ailleurs une figure particulièrement importante du patrimoine normand : architecte diocésain de Sées, il sera étroitement associé aux grandes restaurations de la cathédrale au XIXe siècle.

La destruction partielle du monument pendant l'Occupation

Le monument visible aujourd'hui n'est malheureusement plus exactement celui inauguré en 1852. Comme de nombreuses statues françaises en bronze, l'œuvre consacrée à Conté fut victime des réquisitions de métaux pendant la Seconde Guerre mondiale. L'Inventaire de Basse-Normandie indique que la statue fut partiellement fondue sous l'Occupation.

La tête de Nicolas-Jacques Conté fut cependant sauvegardée. Elle constitue aujourd'hui le principal élément subsistant de la sculpture monumentale réalisée par Jules-Antoine Droz. Présentée sous la forme d'un buste, elle perpétue à Sées la mémoire de Conté tout en conservant une partie de l'œuvre originale de 1852.

Cette histoire donne au buste actuel une double valeur patrimoniale. Il commémore toujours Nicolas-Jacques Conté, mais il constitue également le fragment survivant d'un monument public du milieu du XIXe siècle profondément transformé par les événements du XXe siècle. Son état actuel témoigne donc à la fois de la création de Droz et des destructions qui affectèrent la statuaire publique française pendant l'Occupation.

Du monument de Sées aux grands décors du Louvre

Après le monument de Conté, Jules-Antoine Droz participe à plusieurs grands programmes de sculpture monumentale. Pour le palais du Louvre, il reçoit notamment la commande de statues représentant Antoine Coysevox et Pierre Chambiges. Ces figures prennent place parmi les nombreux « hommes illustres » installés sur les façades du palais lors des grands travaux du XIXe siècle.

Droz réalise également pour le Louvre une figure allégorique de La Gravure, installée au pavillon Lesdiguières. Cette œuvre appartient à l'important programme sculpté accompagnant les transformations du palais sous le Second Empire. Le sculpteur qui avait représenté Conté à Sées intervient ainsi quelques années plus tard sur l'un des ensembles architecturaux les plus prestigieux de France.

Au palais du Luxembourg, siège actuel du Sénat, Jules-Antoine Droz est également l'auteur des statues de L'Été et de L'Hiver. Ces réalisations montrent la place acquise par l'artiste dans la sculpture décorative officielle de son époque.

L'Ange du martyre à l'église Saint-Sulpice

La carrière de Droz comprend également des œuvres religieuses. À l'église Saint-Sulpice de Paris, il réalise L'Ange du martyre en 1846. Cette commande s'inscrit dans une campagne de restauration et d'enrichissement du décor de l'édifice menée au XIXe siècle.

Les recherches consacrées à Saint-Sulpice montrent que Droz fut également sollicité, avec Antoine Desboeufs, pour compléter un ensemble sculpté plus ancien dû à Edme Bouchardon. Le projet suscita des discussions sur la difficulté d'introduire des sculptures du XIXe siècle dans un ensemble du XVIIIe siècle dont on souhaitait préserver l'unité esthétique.

Cet épisode permet de replacer Droz dans les débats patrimoniaux de son époque. Le sculpteur ne travaillait pas uniquement à des œuvres autonomes : il pouvait intervenir dans des monuments historiques où la création contemporaine devait composer avec un décor hérité des siècles précédents.

Le monument de Sées dans l'œuvre de Jules-Antoine Droz

Le monument à Nicolas-Jacques Conté occupe une place significative dans la carrière de Jules-Antoine Droz. Réalisé en 1852, il se situe entre ses premières œuvres de Salon et les importantes commandes monumentales qu'il exécutera ensuite pour le Louvre. Il témoigne de sa capacité à réaliser un portrait commémoratif destiné à l'espace public.

Buste de Conté, par Jules-Antoine Droz

Pour l'Orne, cette œuvre présente un intérêt particulier parce qu'elle réunit plusieurs dimensions du patrimoine départemental. Elle célèbre Nicolas-Jacques Conté, né dans le pays de Sées ; elle associe le sculpteur parisien Jules-Antoine Droz à Victor Ruprich-Robert, futur acteur majeur de la restauration de la cathédrale ; et son histoire porte également la trace des destructions de la Seconde Guerre mondiale.

Le buste conservé aujourd'hui à Sées est donc davantage que le portrait d'un inventeur célèbre. Il constitue le vestige d'un monument inauguré en 1852 et permet de rattacher directement la ville à l'œuvre d'un sculpteur présent dans plusieurs des grands monuments parisiens du XIXe siècle. À travers ce fragment sauvegardé, une partie de l'œuvre de Jules-Antoine Droz demeure ainsi inscrite dans le patrimoine de l'Orne.