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André Mare : peintre, décorateur et figure de l'Art déco

André Mare, un artiste né à Argentan en 1885

André Mare naît à Argentan le 31 janvier 1885. Peintre, dessinateur et décorateur, il devient au cours des premières décennies du XXe siècle l'un des acteurs importants du renouvellement des arts décoratifs français. Son parcours le conduit rapidement à Paris et au contact des avant-gardes, mais son enfance argentanaise et les paysages de l'Orne occupent une place durable dans sa vie comme dans son œuvre.

Le jeune André Mare grandit à Argentan dans un milieu bourgeois. Il manifeste très tôt son intérêt pour le dessin et la peinture. Cette vocation se développe notamment aux côtés d'un autre jeune Argentanais appelé à devenir l'un des grands peintres français du XXe siècle : Fernand Léger, né dans la même ville en 1881. Les deux garçons se connaissent dès leur jeunesse et leur relation artistique se poursuit bien après leur départ de Normandie.

André Mare devant son chevalet

André Mare et Fernand Léger, deux amis d'enfance à Argentan

L'amitié entre André Mare et Fernand Léger constitue un épisode essentiel de l'histoire artistique d'Argentan. Les deux jeunes hommes partagent leur intérêt pour le dessin et la peinture avant de poursuivre leur formation à Paris. Les sources actuelles du musée Fernand Léger - André Mare les présentent explicitement comme deux amis d'enfance dont les premières expériences artistiques sont liées à leur ville natale.

Leur relation se prolonge à Paris. En 1904, Mare et Léger travaillent ensemble et partagent un atelier. Léger s'installe notamment chez Mare au 21 avenue du Maine, adresse qui devient un lieu important de leurs premières années parisiennes. Leurs trajectoires vont ensuite se différencier : Léger devient l'une des grandes figures de la peinture moderne tandis que Mare développe parallèlement ses activités de peintre et de décorateur.

Cette amitié permet de replacer Argentan dans une histoire artistique dépassant largement le cadre régional. À quelques années d'intervalle, la ville voit naître deux artistes qui participent ensuite aux recherches de l'avant-garde française. Le musée qui porte aujourd'hui leurs deux noms à Argentan s'appuie précisément sur cette origine commune pour confronter leurs parcours, leurs influences et leurs conceptions respectives de la modernité.

De la peinture aux recherches cubistes

La formation d'André Mare est d'abord celle d'un peintre. Installé à Paris, il fréquente notamment l'École des arts décoratifs et l'Académie Julian. Dès les années précédant la Première Guerre mondiale, il participe aux Salons et se rapproche des artistes engagés dans les recherches cubistes. Il fréquente notamment Roger de La Fresnaye, Jacques Villon, Raymond Duchamp-Villon et d'autres représentants des avant-gardes parisiennes.

Cette période aboutit à l'une de ses réalisations les plus célèbres : la « Maison cubiste » présentée au Salon d'automne de 1912. Mare conçoit un ensemble décoratif moderne dont la façade est réalisée par Raymond Duchamp-Villon et dans lequel sont présentées des œuvres de plusieurs artistes. Le projet montre que le cubisme peut dépasser le seul cadre du tableau pour dialoguer avec l'architecture, le mobilier et la décoration intérieure.

La Maison cubiste occupe ainsi une position importante dans le parcours de Mare. Elle annonce son évolution vers la décoration tout en maintenant ses liens avec la peinture moderne. Elle révèle surtout une caractéristique constante de son travail : Mare ne considère pas nécessairement peinture, mobilier, tissus, papiers peints et architecture intérieure comme des disciplines séparées, mais cherche à les intégrer dans des ensembles cohérents.

André Mare, peintre combattant et spécialiste du camouflage

La Première Guerre mondiale interrompt brutalement cette première carrière artistique. Mobilisé en août 1914, André Mare est d'abord engagé comme artilleur. Il rejoint ensuite les équipes chargées du camouflage militaire, domaine nouveau dans lequel l'armée française mobilise des peintres et des décorateurs capables d'utiliser formes et couleurs pour dissimuler les hommes, les positions et le matériel aux observations ennemies.

Mare compte parmi les artistes associés aux premières expériences françaises de camouflage. L'Institut national d'histoire de l'art le décrit notamment comme spécialiste des « arbres-observatoires ». Ces structures artificielles imitant un arbre permettaient d'aménager un poste d'observation à proximité des lignes ennemies. Le Musée de l'Armée cite également André Mare parmi les peintres employés dans les sections de camouflage aux côtés de Jean-Louis Forain, Dunoyer de Segonzac ou Jacques Villon.

La guerre laisse également une importante production graphique. Mare remplit plusieurs carnets de dessins et d'aquarelles dans lesquels il représente le front, les destructions, les soldats et les dispositifs militaires. Certaines compositions utilisent des formes héritées de ses recherches cubistes. Ces carnets constituent aujourd'hui un témoignage majeur sur la manière dont un artiste d'avant-garde a observé et représenté la guerre industrielle.

En décembre 1915, André Mare rejoint la section camouflage des armées

La Compagnie des Arts Français et l'affirmation de l'Art déco

Après la guerre, André Mare s'associe à l'architecte et décorateur Louis Süe. Ensemble, ils fondent en 1919 la Compagnie des Arts Français, installée rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris. Le Musée des Arts décoratifs conserve d'importants fonds documentaires sur cette entreprise, qui entend renouveler la tradition décorative française en créant des intérieurs modernes dans lesquels mobilier, textiles, céramiques, verreries, luminaires et objets sont pensés comme les éléments d'un même ensemble.

Süe et Mare s'entourent de nombreux artistes et artisans, parmi lesquels Paul Véra, Charles Dufresne, Maurice Marinot, André Dunoyer de Segonzac ou encore le ferronnier Richard Desvallières. Leur production contribue à définir l'esthétique qui sera bientôt désignée sous le nom d'Art déco. Le vocabulaire décoratif de Mare fait notamment une large place aux motifs floraux et aux compositions colorées, tout en conservant le goût de la construction formelle développé pendant ses années proches du cubisme.

La Compagnie participe à l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes organisée à Paris en 1925, événement qui donnera rétrospectivement son nom à l'Art déco. Süe et Mare y interviennent notamment dans le Pavillon Fontaine et le Musée d'Art contemporain. Cette période correspond à l'apogée de la carrière de décorateur d'André Mare, dont le travail s'inscrit désormais dans de prestigieux programmes d'aménagement intérieur.

Le Haras du Pin et les chevaux dans l'œuvre d'André Mare

Malgré sa carrière parisienne, André Mare conserve des attaches artistiques profondes avec son département natal. Le cheval constitue notamment un thème récurrent de son œuvre. Excellent cavalier et issu d'une famille possédant des chevaux, il représente à de nombreuses reprises les animaux, les écuries et les activités équestres. Cet intérêt trouve naturellement un prolongement dans ses représentations du Haras du Pin, l'un des sites les plus emblématiques de l'Orne.

Son tableau Le Haras du Pin, peint en 1924, montre plusieurs chevaux occupant le premier plan tandis que les bâtiments du domaine apparaissent à l'arrière. La documentation patrimoniale consacrée à l'œuvre souligne l'association entre une construction encore marquée par les recherches cubistes et une forte stylisation décorative. Le tableau constitue ainsi un exemple particulièrement significatif de la manière dont Mare applique son langage moderne à un sujet profondément lié à l'Orne.

Le Haras du Pin réapparaît dans son travail quelques années plus tard. En 1927, Mare réalise des lithographies pour Dans la forêt normande d'Édouard Herriot. Certaines représentent le Haras du Pin et ses palefreniers. Ces œuvres confirment que le paysage, les chevaux et le patrimoine de sa Normandie natale demeurent des sujets importants alors même que sa réputation s'est construite dans les milieux artistiques parisiens.

Le Haras du Pin, huile sur toile par André Mare en 1924

Camembert, Les Champeaux et les paysages de l'Orne

L'Orne apparaît également dans plusieurs autres œuvres d'André Mare. Le musée d'Argentan conserve notamment Le cheval échappé à Camembert, daté de 1926. Le choix de Camembert est significatif : Mare ne représente pas seulement les grands monuments du département, mais également les animaux et les paysages ruraux du pays d'Auge ornais. La campagne devient ainsi un véritable sujet pictural et non un simple décor.

André Mare, Le Cheval échappé - 1926

Mare peint également la ferme des Champeaux, son pressoir et sa bouillerie. Ces sujets témoignent de son intérêt pour les bâtiments agricoles et la vie rurale. Dans ses œuvres tardives, il revient de plus en plus nettement à la peinture après les années consacrées à la décoration. Les paysages normands constituent alors une part importante de cette production.

Saint-Saturnin-des-Lignerits, aujourd'hui sur le territoire d'Écorches, occupe également une place particulière dans cet ancrage ornais. Mare représente le manoir et l'église du village. Il travaille aussi autour de la figure de Charlotte Corday, née à proximité, notamment dans ses illustrations de Dans la forêt normande. Ces œuvres inscrivent son travail dans une géographie très précise du département, entre patrimoine monumental, paysages et mémoire historique.

L'église Saint-Saturnin-des-Lignerits, autre sujet abordé par André Mare

Le retour à la peinture et les dernières années

À partir de la seconde moitié des années 1920, la santé d'André Mare se dégrade. Il quitte en 1927 la direction technique de la Compagnie des Arts Français et revient plus largement à la peinture. Ce retour lui permet de développer une œuvre personnelle dans laquelle paysages, chevaux, scènes normandes et souvenirs de guerre occupent une place importante. Son langage pictural ne correspond plus strictement au cubisme de sa jeunesse et évolue vers une expression plus libre.

En 1930, il réalise notamment une importante composition consacrée aux funérailles du maréchal Foch. Ses dernières années restent particulièrement productives malgré sa santé fragile. En 1932, il travaille encore à L'Enlèvement d'Europe, conçu pour une tapisserie. Une esquisse de cette composition est documentée dans les collections publiques françaises et une tapisserie exécutée d'après son carton est aujourd'hui conservée à Argentan.

André Mare meurt en 1932, à seulement quarante-sept ans. Les sources ne sont pas entièrement concordantes sur le lieu exact de son décès : plusieurs biographies donnent Paris, tandis que la notice actuelle du Centre Pompidou indique Bernay. Cette divergence incite à ne pas préciser ici le lieu sans réserve. Son attachement à l'Orne se poursuit en revanche jusque dans sa sépulture : il repose à Saint-Saturnin-des-Lignerits, dans le territoire qu'il avait représenté dans plusieurs de ses œuvres.

André Mare aujourd'hui au musée d'Argentan

Argentan entretient aujourd'hui de manière particulièrement visible la mémoire de l'artiste. Le musée Fernand Léger - André Mare, installé dans la maison d'enfance de Fernand Léger, associe volontairement les parcours des deux amis argentanais. Son exposition permanente confronte leurs premières années, leurs influences et leurs choix artistiques, depuis leurs débuts communs jusqu'aux développements très différents de leurs carrières.

Le musée dans la maison d'enfance de son ami Fernand Léger

Les collections permettent d'évoquer les différentes facettes de Mare : peinture, dessin, reliure, décoration et création d'objets. La ville poursuit par ailleurs une politique d'enrichissement de ce fonds. Elle a par exemple acquis en 2023 un exemplaire du papier peint Belle France, créé par André Mare en 1927 pour la Compagnie des Arts Français. Ces acquisitions replacent progressivement Argentan parmi les lieux permettant d'étudier et de présenter son œuvre.

Cette présence muséale complète les traces historiques de l'artiste dans la ville. Argentan n'est pas seulement son lieu de naissance : c'est le territoire de son enfance, celui de son amitié avec Fernand Léger et l'un des premiers paysages de son apprentissage artistique. À l'échelle de l'Orne, le Haras du Pin, Camembert, Les Champeaux et Saint-Saturnin-des-Lignerits prolongent cette géographie personnelle. André Mare apparaît ainsi comme un artiste profondément lié à son département natal, même lorsque sa carrière le conduit au cœur des avant-gardes et des arts décoratifs parisiens.

Musée Léger - Mare

Sur les pas des artistes Fernand Léger et André Mare.

6 Rue de l'Hôtel de ville, 61200 Argentan