Fernand Léger, un grand nom de l'art moderne né à Argentan
Fernand Léger naît à Argentan, dans l'Orne, en 1881. De cette ville normande où il passe son enfance, son parcours le conduit à Paris puis au premier plan de l'avant-garde artistique internationale. Peintre, dessinateur et créateur de décors, de céramiques, de vitraux et d'œuvres monumentales, Léger développe pendant la première moitié du XXe siècle un langage immédiatement reconnaissable, fondé notamment sur les contrastes de formes et de couleurs.
Son origine argentanaise ne constitue pourtant pas une simple mention dans sa biographie. Plusieurs œuvres de jeunesse, ses souvenirs et les collections aujourd'hui conservées à Argentan permettent de documenter concrètement le lien entre l'artiste et sa ville. La maison dans laquelle il grandit existe toujours et accueille depuis 2019 le musée Fernand Léger - André Mare, consacré aux deux artistes natifs d'Argentan.
Une enfance normande et une maison toujours visible à Argentan
Fernand Léger est le fils d'un éleveur de bovins normand. Les sources du musée national Fernand Léger décrivent un enfant peu attiré par les études mais déjà remarqué pour ses qualités de dessinateur. Il faut toutefois être précis concernant la maison aujourd'hui transformée en musée : Fernand Léger est bien né à Argentan, mais l'édifice actuel est officiellement présenté comme sa maison d'enfance et non comme sa maison natale.
Cette maison permet aujourd'hui de matérialiser la jeunesse argentanaise du peintre. Elle se situe au 6 rue de l'Hôtel-de-Ville, en plein centre d'Argentan. Sa transformation en musée lui a conservé une fonction directement liée à la mémoire de Léger tout en l'intégrant à un bâtiment d'exposition contemporain de plus de 200 m². Le musée, ouvert au public le 6 juillet 2019, associe Fernand Léger à un autre artiste né à Argentan, son ami André Mare.
Fernand Léger et André Mare, deux artistes formés par leur jeunesse argentanaise
L'amitié entre Fernand Léger et André Mare constitue l'un des liens les mieux documentés entre l'œuvre de Léger et Argentan. Tous deux passent leur jeunesse dans la ville et partagent très tôt leur intérêt pour le dessin et la peinture. Une œuvre de jeunesse de Léger, intitulée Cycles X, apporte un témoignage particulièrement remarquable de cette période : Léger s'y représente avec André Mare sur le Champ de Foire d'Argentan lors d'une partie de polo à bicyclette.
Cette aquarelle est d'autant plus précieuse que Léger détruisit ultérieurement la majorité de ses œuvres antérieures à 1910. Cycles X avait été offerte à André Mare et a ainsi échappé à cette destruction. Acquise en 2018 grâce au Club des Mécènes de l'Orne de la Fondation du Patrimoine, elle appartient aujourd'hui aux collections du musée d'Argentan. Une œuvre réalisée par le jeune Léger dans sa ville est donc revenue, plus d'un siècle après sa création, dans les collections publiques de cette même ville.
Le Jardin de ma mère, un paysage intime d'Argentan
Une autre œuvre permet d'établir un lien exceptionnellement direct entre Fernand Léger et un lieu toujours visible à Argentan. En 1905, Léger peint Le Jardin de ma mère. L'œuvre représente le jardin de sa maison d'enfance, avec son allée et son parterre central. Conservée aujourd'hui au musée national Fernand Léger de Biot, elle appartient au très petit nombre de peintures de jeunesse que l'artiste n'a pas détruites.
La même année, André Mare peint lui aussi le jardin de sa propre maison d'Argentan. Les deux jeunes artistes confrontent alors leurs travaux et discutent de leur pratique picturale. Cette proximité est attestée par la correspondance d'André Mare. Le rapprochement des deux jardins peints en 1905 donne ainsi une dimension artistique particulière à leur jeunesse commune dans l'Orne, bien avant leur participation aux mouvements d'avant-garde parisiens.
Le lien entre la peinture et le lieu physique est encore visible aujourd'hui : le jardin du musée Fernand Léger - André Mare a été reconstitué à partir du Jardin de ma mère. Le visiteur peut ainsi confronter un espace actuel d'Argentan à la manière dont le jeune Fernand Léger l'avait représenté au début du XXe siècle. Cette continuité fait de la maison d'enfance un témoignage particulièrement concret de la période normande de l'artiste.
De la Normandie à Paris et aux avant-gardes du XXe siècle
Après sa jeunesse dans l'Orne, Léger commence sa formation professionnelle dans le domaine de l'architecture à Caen. À dix-neuf ans, il gagne Paris. Il y suit notamment, comme auditeur libre, les cours du peintre Jean-Léon Gérôme à l'École des beaux-arts. En 1907, il s'installe à La Ruche, cité d'artistes de Montparnasse, et fréquente un milieu où évoluent notamment Robert Delaunay, Marc Chagall et Blaise Cendrars.
Au contact des recherches artistiques de son époque et de l'œuvre de Cézanne, Léger développe un langage personnel associé au cubisme mais distinct de celui de Georges Braque et Pablo Picasso. Les volumes deviennent puissants, les formes se simplifient et la couleur acquiert progressivement une autonomie essentielle. En 1912, il participe au Salon d'Automne où il présente notamment La Femme en bleu. La même année, son parcours rejoint à nouveau celui d'André Mare autour de la célèbre Maison cubiste présentée au Salon d'Automne.
La Grande Guerre, une rupture majeure dans son parcours
La Première Guerre mondiale interrompt brutalement l'ascension artistique de Fernand Léger. Mobilisé de 1914 à 1917, il continue à dessiner au front sur les supports dont il dispose. Cette expérience confronte directement l'artiste à l'univers mécanique et industriel de la guerre moderne. Après son hospitalisation, il est finalement réformé en 1917.
Après la guerre, son œuvre accorde une place croissante aux objets manufacturés, aux machines, à l'architecture et aux figures humaines traitées avec une grande puissance plastique. En 1919 se tient sa première exposition personnelle à la galerie de l'Effort Moderne de Léonce Rosenberg. Dans les décennies suivantes, Léger étend sa création au livre, au spectacle, au cinéma et à l'architecture, notamment avec Le Ballet mécanique et différents projets de décors.
Le souvenir du cirque d'Argentan dans l'œuvre de Léger
Parmi les souvenirs de son enfance normande qui réapparaissent dans son œuvre, le cirque occupe une place particulièrement bien documentée. Le musée d'Argentan rappelle que Fernand Léger considérait le cirque comme un événement marquant de son enfance dans la ville. Ce thème accompagne durablement son travail : il le développe régulièrement entre 1918 et 1954, à travers des peintures, des dessins et des lithographies.
Cette passion aboutit notamment en 1950 à Cirque, livre d'artiste publié par Tériade et composé de textes et d'illustrations de Léger. Ses lithographies mettent en scène clowns, acrobates, danseuses et animaux. Le musée d'Argentan souligne explicitement que l'artiste y associe ses souvenirs de jeunesse à sa vision du monde moderne. L'enfance passée dans l'Orne reste ainsi perceptible dans une œuvre créée plusieurs décennies après son départ d'Argentan.
Un artiste international resté attaché à la Normandie
La carrière internationale de Fernand Léger ne signifie pas une rupture totale avec la Normandie. Dans l'entre-deux-guerres, il séjourne notamment dans une ferme à Lisores, dans le Pays d'Auge, aujourd'hui situé dans le Calvados. Les sources du musée national documentent ses séjours dans cette propriété, notamment durant les années 1930. Il y reçoit également certains de ses amis, parmi lesquels des artistes du monde du cirque.
Cette implantation normande ne se situe donc pas dans l'Orne et il serait inexact de la présenter comme telle. Elle montre néanmoins que Léger conserve durablement un lien avec la région de son enfance. Le musée national Fernand Léger souligne également la place persistante de la ruralité dans son imaginaire : certains paysages lui rappellent la ferme normande de son enfance, alors même que son œuvre témoigne parallèlement de sa fascination pour la ville, l'industrie et la modernité.
Les Constructeurs et le langage monumental de Fernand Léger
Dans les dernières années de sa vie, Fernand Léger développe de nombreux projets monumentaux. La série des Constructeurs, autour de 1950, constitue l'un des ensembles emblématiques de cette période. Ouvriers, poutrelles métalliques, échelles et structures architecturales y sont organisés dans des compositions où les couleurs franches dialoguent avec les lignes de la construction moderne. Cette recherche correspond à l'idéal d'un art accessible à tous que Léger défend alors.
Ce thème a été directement intégré à l'architecture du musée d'Argentan. Lors de la transformation de sa maison d'enfance, le projet architectural a été conçu en référence aux Constructeurs et une reproduction monumentale de l'œuvre participe au parcours. Le musée ne se contente donc pas d'exposer des objets liés à Léger : son architecture elle-même cherche à traduire certaines caractéristiques de son langage artistique.
Le retour de Fernand Léger dans les collections d'Argentan
La mémoire de Léger dans sa ville natale s'est construite progressivement. En 1981, pour le centenaire de sa naissance, Argentan organise un festival consacré à l'artiste. À cette occasion, sa veuve Nadia Léger offre à la ville Le Tournesol, une gouache de 1950. Le musée d'Argentan interprète ce don comme un témoignage de confiance et d'attachement à la ville natale du peintre.
Les collections se sont depuis enrichies. Cycles X a rejoint le patrimoine municipal en 2018 grâce au Club des Mécènes de l'Orne de la Fondation du Patrimoine. Le musée conserve aujourd'hui peintures, dessins, photographies, lithographies et ouvrages illustrés, tout en bénéficiant de prêts et de dépôts provenant d'institutions, de collectionneurs et des ayants droit des artistes. Sa politique d'acquisition privilégie notamment les œuvres permettant de documenter les relations de Léger et de Mare avec leur Normandie natale.
Le musée Fernand Léger - André Mare ouvre le 6 juillet 2019 dans la maison d'enfance de Léger. Il permet désormais de suivre le parcours des deux artistes depuis leur jeunesse argentanaise jusqu'à leur reconnaissance internationale. Un parcours urbain prolonge également cette démarche dans les rues d'Argentan en reliant plusieurs lieux associés à leur jeunesse et des créations contemporaines évoquant leur héritage.
Argentan, un point de départ toujours visible dans l'œuvre de Fernand Léger
Fernand Léger meurt le 17 août 1955 à Gif-sur-Yvette. Cinq ans plus tard, un premier musée consacré à son œuvre ouvre à Biot, dans les Alpes-Maritimes, à l'initiative de Nadia Léger et de Georges Bauquier. Devenu musée national, cet établissement conserve aujourd'hui un ensemble majeur de son œuvre. Argentan occupe cependant une place différente : celle du territoire de l'enfance et des premières expériences artistiques.
Cette relation peut encore être lue directement dans plusieurs œuvres. Cycles X représente Léger et André Mare sur le Champ de Foire d'Argentan ; Le Jardin de ma mère conserve l'image du jardin familial ; le thème du cirque renvoie à un spectacle qui avait marqué son enfance dans la ville. Ces éléments permettent de dépasser la simple formule « Fernand Léger est né à Argentan » et montrent que certains souvenirs argentanais ont effectivement nourri son univers artistique.
Aujourd'hui, la maison d'enfance transformée en musée, son jardin reconstitué à partir d'une peinture de 1905 et les œuvres revenues dans les collections municipales établissent un lien matériel entre l'artiste et sa ville. Argentan n'est donc pas seulement le lieu où commence la biographie de Fernand Léger : elle conserve des lieux et des œuvres qui permettent de comprendre une partie de sa formation et de ses souvenirs. Pour l'Orne, cet héritage constitue l'un des liens les plus importants entre le département et l'histoire de l'art moderne du XXe siècle.
Musée Léger - Mare
Sur les pas des artistes Fernand Léger et André Mare.
6 Rue de l'Hôtel de ville, 61200 Argentan