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Dumont, sculpteur du maître-autel de la cathédrale de Sées

Dumont, un sculpteur encore mal identifié

Le nom de Dumont est directement associé à l'un des éléments les plus remarquables du mobilier de la cathédrale Notre-Dame de Sées : le maître-autel installé à la croisée du transept à la fin du XVIIIe siècle. La base Palissy du ministère de la Culture attribue à un sculpteur nommé Dumont le bas-relief en marbre blanc placé sur la face de l'autel tournée vers l'abside. L'œuvre porte elle-même une signature et une date : « Dumont 1784 ».

L'identité complète de cet artiste demeure cependant incertaine. La notice officielle des Monuments historiques le désigne seulement comme « Dumont (sculpteur) », sans indiquer de prénom, de dates de naissance et de décès ou de lieu d'activité. Il serait donc imprudent d'identifier automatiquement cet artiste à l'un des sculpteurs connus de la famille Dumont active aux XVIIIe et XIXe siècles.

Cette incertitude n'empêche pas de documenter précisément son intervention à Sées. Le bas-relief signé constitue une preuve matérielle de son travail pour la cathédrale. Réalisé en 1784, il représente la découverte, ou invention, des reliques des saints Gervais et Protais. Il est ensuite intégré au vaste réaménagement du sanctuaire réalisé sous l'épiscopat de Jean-Baptiste du Plessis d'Argentré.

La cathédrale de Sées transformée à la fin du XVIIIe siècle

Le maître-autel de Sées appartient à une campagne de travaux qui transforme profondément l'organisation intérieure de la cathédrale à la veille de la Révolution française. Jean-Baptiste du Plessis d'Argentré, évêque de Sées de 1775 à 1791, confie à l'architecte Joseph Brousseau plusieurs projets importants dans sa cité épiscopale. Brousseau construit notamment le nouveau palais épiscopal et intervient parallèlement dans la cathédrale.

Avant cette transformation, le maître-autel était placé au fond du chœur. Les stalles réservées aux chanoines occupaient quant à elles la croisée du transept et la première travée de la nef. Une clôture et un jubé séparaient cet espace liturgique de la partie accessible aux fidèles. Cette organisation héritée des siècles précédents rendait le déroulement des offices moins visible depuis la nef.

Brousseau reçoit la mission de réorganiser cet espace. Un plan de la cathédrale avec son projet d'aménagement, daté vers 1780, est conservé par la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine. Le projet aboutit en 1786 à l'installation d'un nouveau maître-autel au centre de la croisée du transept, emplacement qui lui donne une visibilité beaucoup plus importante dans l'édifice.

En 1786, un maître-autel placé au centre de la croisée

Les Archives départementales de l'Orne décrivent le nouvel aménagement comme un autel double à la romaine. Sa position à la croisée du transept permet de répondre simultanément aux besoins de l'office canonial et à ceux des grandes cérémonies. Le changement est considérable : l'autel n'est plus rejeté au fond du sanctuaire mais devient un point de convergence visuelle au centre même de la cathédrale.

L'ensemble comportait deux tables d'autel rectangulaires en marbre, disposées de part et d'autre d'un axe central et séparées par un gradin. Au-dessus s'élevait un imposant baldaquin porté de chaque côté par quatre colonnes corinthiennes. Celui-ci était couronné par une gloire rayonnante, tandis que le tabernacle était surmonté d'un Christ en croix.

Trois candélabres encadraient originellement le baldaquin. L'ensemble associait ainsi architecture, marbrerie, sculpture et bronze doré dans une composition monumentale correspondant au goût de la fin de l'Ancien Régime. Le maître-autel constitue aujourd'hui un témoignage particulièrement important des transformations apportées au mobilier des grandes églises au XVIIIe siècle.

Deux faces pour deux fonctions liturgiques

L'une des particularités du maître-autel de Sées réside dans son caractère double. Ses deux faces ne sont pas de simples répétitions décoratives : elles sont orientées vers deux espaces différents et possèdent chacune leur propre iconographie. La face occidentale est tournée vers la nef et donc vers les fidèles, tandis que la face orientale regarde l'abside et le chœur des chanoines.

La face visible depuis la nef est consacrée à la Passion du Christ. Elle comporte un bas-relief en bronze doré représentant la Mise au Tombeau, également décrite dans la documentation départementale comme une Déploration sur le Christ mort. Cette œuvre est exécutée en 1786 et la base Palissy l'attribue à Brousseau.

Maître-autel de la cathédrale de Sées

La face tournée vers le chœur canonial possède une iconographie différente, directement liée à l'histoire religieuse de Sées. C'est sur cette partie que se trouve le bas-relief en marbre blanc exécuté par Dumont en 1784. Il représente l'invention, c'est-à-dire la découverte, des reliques des saints Gervais et Protais.

Le bas-relief de Dumont et les saints Gervais et Protais

Le choix des saints Gervais et Protais n'est pas anodin. Ces deux martyrs sont étroitement liés à l'histoire ancienne de la cathédrale de Sées, qui leur fut dédiée. Leur présence sur la face orientale du maître-autel établit donc un lien direct entre le nouvel aménagement liturgique du XVIIIe siècle et l'identité historique du siège épiscopal.

La scène représentée par Dumont correspond à la découverte des reliques de Gervais et Protais. La notice Palissy emploie l'expression « Exhumation des corps de saint Gervais et de saint Protais », tandis que la documentation des Archives départementales de l'Orne parle de « l'Invention des reliques ». Dans le vocabulaire religieux, le terme invention désigne ici la découverte des reliques et non leur création.

Le relief est exécuté en marbre blanc. Il contraste avec les placages de marbre polychrome de l'autel et avec le bronze doré employé pour le relief de la face opposée. La signature « Dumont 1784 » portée directement sur cette sculpture constitue l'élément documentaire essentiel permettant d'en établir l'auteur et la date.

Une Mise au Tombeau en bronze doré sur la face occidentale

Sur la face tournée vers la nef, le décor change à la fois de sujet et de matériau. Le bas-relief est réalisé en bronze doré et représente le Christ mort entouré des personnages de la Passion. La base Palissy le désigne sous le titre de Mise au Tombeau et indique qu'il a été exécuté en 1786 par Brousseau.

Les Archives départementales de l'Orne apportent une précision supplémentaire : cette composition reprend la Déploration sur le Christ mort du sculpteur Félix Lecomte, dont l'original en marbre se trouve au maître-autel de l'abbatiale d'Évron. Le relief de Sées s'inscrit donc dans la diffusion d'un modèle sculpté qui connut d'autres reprises.

La même source indique qu'un moulage de ce bas-relief fut installé au XIXe siècle sur le maître-autel de la chapelle du Val-de-Grâce à Paris. L'œuvre de Sées appartient ainsi à une histoire artistique qui dépasse le seul cadre de la cathédrale et montre la circulation des modèles de sculpture religieuse entre différents édifices.

Joseph Brousseau et la mise en scène du sanctuaire

Le rôle de Joseph Brousseau dépasse largement l'exécution d'un élément du maître-autel. Architecte chargé du réaménagement de la cathédrale par l'évêque du Plessis d'Argentré, il conçoit une nouvelle organisation du sanctuaire destinée à concentrer les regards sur l'autel placé à la croisée. Le mobilier et l'architecture sont alors pensés comme un ensemble cohérent.

Le maître-autel est installé sur un socle circulaire comportant trois marches. Le dessin du pavement participe lui aussi à la composition en dirigeant visuellement le regard vers le centre. Autour du nouvel autel, Brousseau modifie également les limites du chœur et les circulations entre la nef, le transept et l'espace réservé aux chanoines.

La clôture du chœur et le jubé sont démontés. Pour renforcer la monumentalité du nouvel ensemble, la base des piliers gothiques de la croisée est masquée par des placages de marbre ornés de médaillons. Ce décor se poursuit à la base des grandes arcades de la première travée de la nef, désormais intégrée au nouvel espace liturgique.

Un décor du XVIIIe siècle au cœur d'une cathédrale gothique

Le maître-autel offre aujourd'hui un contraste particulièrement intéressant avec l'architecture gothique de Notre-Dame de Sées. La cathédrale actuelle est principalement le résultat des grandes campagnes de construction des XIIIe et XIVe siècles, tandis que l'autel appartient au quatrième quart du XVIIIe siècle. Les colonnes corinthiennes, les marbres et les bronzes dorés introduisent ainsi dans la croisée un vocabulaire artistique très différent de celui de l'architecture médiévale environnante.

Cette coexistence permet de comprendre que l'intérieur d'une cathédrale n'est jamais figé à l'époque de sa construction. Au fil des siècles, l'évolution de la liturgie, des goûts artistiques et des usages entraîne le déplacement des autels, la transformation des clôtures, l'installation de nouveaux décors et parfois la suppression d'aménagements plus anciens.

À Sées, le réaménagement voulu par Jean-Baptiste du Plessis d'Argentré constitue l'une des principales interventions de la fin de l'Ancien Régime. Quelques décennies plus tard, les grandes restaurations du XIXe siècle modifieront à leur tour profondément certaines parties de l'édifice, notamment sous la direction de Victor Ruprich-Robert.

Un maître-autel protégé au titre des Monuments historiques

La valeur patrimoniale du maître-autel de Sées a été officiellement reconnue au début du XXe siècle. L'ensemble est classé au titre des objets monuments historiques le 10 août 1904. Il appartient à l'État, comme une partie importante du mobilier des cathédrales françaises relevant de ce régime de propriété.

La notice Palissy classe l'œuvre dans les domaines de la sculpture, de la marbrerie et de la fonderie. Cette triple qualification traduit bien la diversité technique du monument : marbres polychromes pour la structure et les placages, marbre blanc sculpté pour l'œuvre de Dumont, bronze ciselé et doré pour le relief tourné vers la nef.

Le maître-autel constitue ainsi un ensemble particulièrement précieux pour l'histoire artistique de la cathédrale. Il conserve à la fois la trace du projet architectural de Joseph Brousseau, le bas-relief signé par Dumont en 1784 et le décor en bronze de 1786. Sa conservation permet aujourd'hui de comprendre une étape essentielle de l'aménagement intérieur de Notre-Dame de Sées à la veille de la Révolution française.

Dumont, une signature à préserver de toute attribution hasardeuse

Le bas-relief de Sées pose enfin une intéressante question d'histoire de l'art. Le nom Dumont appartient à une importante famille de sculpteurs français, dont plusieurs membres furent actifs aux XVIIIe et XIXe siècles. La date de 1784 pourrait inciter à rechercher l'auteur parmi ces artistes connus, mais la chronologie seule ne constitue pas une preuve suffisante.

En l'état de la documentation patrimoniale accessible, le ministère de la Culture ne donne aucun prénom au sculpteur du bas-relief de Sées. Il convient donc de conserver l'attribution sous la forme « Dumont, sculpteur », conformément à la notice officielle, tant qu'un document d'archives, un marché, un paiement ou une étude scientifique ne permet pas d'établir plus précisément son identité.

Cette prudence n'enlève rien à l'intérêt de l'œuvre. Daté et signé, le relief de l'Invention des reliques de saint Gervais et saint Protais constitue un témoignage exceptionnel du grand réaménagement de la cathédrale à la fin du XVIIIe siècle. Associé au maître-autel conçu par Brousseau, il relie sculpture, histoire du diocèse et évolution de la liturgie dans l'un des monuments majeurs du patrimoine de l'Orne.