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Étienne Leroux, sculpteur né à Écouché dans l’Orne

Un sculpteur du XIXe siècle né à Écouché

Frédéric Étienne Leroux, généralement désigné sous le nom d’Étienne Leroux, est un sculpteur français né à Écouché, dans l’Orne, en 1836. Le répertoire des artistes du musée d’Orsay confirme cette origine et donne comme autre forme de son nom d’état civil « Étienne Martin Frédéric Leroux ». Il meurt à Paris en 1906. Sa carrière se déroule ainsi principalement dans le contexte artistique parisien de la seconde moitié du XIXe siècle, mais plusieurs œuvres maintiennent un lien concret entre le sculpteur et son département natal.

Cette origine écouchéenne n’est pas seulement une information biographique. Des œuvres de Leroux sont attestées dans l’Orne, notamment à Joué-du-Bois et à Tinchebray. Elles permettent d’inscrire l’artiste dans l’histoire du patrimoine ornais tout en rappelant qu’il mena une carrière dépassant largement le cadre de sa région d’origine.

De l’Orne à la formation artistique parisienne

Les sources muséales identifient Étienne Leroux comme un élève du sculpteur François Jouffroy. Né en 1806 et mort en 1882, Jouffroy appartient à une génération majeure de la sculpture académique française du XIXe siècle. Grand prix de Rome en 1832, il devient notamment professeur à l’École des beaux-arts de Paris. La formation de Leroux s’inscrit donc dans le milieu institutionnel de la sculpture française de son époque.

Les notices patrimoniales disponibles ne permettent cependant pas de reconstituer avec la même précision les années de jeunesse de Leroux à Écouché ni les circonstances exactes de son départ pour Paris. Il serait donc hasardeux d’attribuer à son enfance dans l’Orne une influence artistique particulière sans document permettant de l’établir. Ce que les sources permettent d'affirmer est que son origine écouchéenne resta mentionnée dans les catalogues et notices consacrés à l’artiste tout au long de sa postérité.

Les Salons et la reconnaissance d’Étienne Leroux

Étienne Leroux apparaît dans les Salons parisiens à partir des années 1860. Sa carrière y reçoit plusieurs distinctions. Les notices historiques mentionnent notamment des médailles en 1866, 1867 et 1870. Il obtient également une médaille de deuxième classe lors de l’Exposition universelle de 1878, puis des récompenses aux Expositions universelles de 1889 et de 1900.

L’année 1866 constitue un jalon particulièrement bien documenté. Sa Marchande de violettes, statue en bronze portant la signature « Etienne Leroux 1866 », est acquise par l’État au Salon pour 4 500 francs. L’œuvre, fondue par Charnod et Fils, appartient aujourd’hui aux collections placées sous la responsabilité du musée d’Orsay et est conservée au musée international de la Parfumerie à Grasse.

La marchande de violettes, au musée d'Orsay

Une autre œuvre importante, Somnolence, est commandée par l’État en 1868 pour 5 000 francs. Cette statue en marbre, datée de 1870 et haute de 1,40 mètre, est aujourd’hui conservée au musée Bernard d’Agesci à Niort. Ces acquisitions publiques témoignent de la reconnaissance institutionnelle obtenue par le sculpteur originaire d’Écouché.

Une œuvre entre sculpture de Salon et commande publique

Les œuvres conservées permettent d’observer la diversité de la production d’Étienne Leroux. À côté de figures comme la Marchande de violettes et Somnolence, il réalise des portraits, des monuments commémoratifs, des œuvres funéraires et des sculptures destinées à l’architecture ou aux édifices religieux. Cette diversité est caractéristique d’un sculpteur professionnel travaillant dans le système artistique et institutionnel de la seconde moitié du XIXe siècle.

Le Palais des Beaux-Arts de Lille conserve par exemple une Bouquetière, statue en marbre créée en 1868 et signée sur sa base « ETIENNE LEROUX / 1868 ». D’autres collections publiques conservent ses réalisations, tandis que ses œuvres monumentales se rencontrent dans différentes villes françaises. Cette dispersion explique pourquoi le nom de Leroux est aujourd’hui moins immédiatement associé à un monument unique qu’à un ensemble de commandes réparties sur le territoire.

À la cathédrale de Sées, les orants des évêques Rousselet et Trégaro

La cathédrale Notre-Dame de Sées conserve deux œuvres particulièrement importantes pour comprendre les liens d’Étienne Leroux avec son département natal. Le sculpteur réalisa les monuments funéraires de deux évêques de Sées, Charles-Frédéric Rousselet et François-Marie Trégaro . Dans les deux cas, le prélat est représenté sous la forme d’un orant, c’est-à-dire agenouillé en prière. Ces sculptures monumentales placent ainsi l’artiste né à Écouché au cœur même du patrimoine religieux majeur de l’Orne.

L’orant de Charles-Frédéric Rousselet est réalisé en marbre en 1884, peu après la mort de l’évêque. Rousselet avait occupé le siège épiscopal de Sées de 1869 à 1881. Étienne Leroux le représente agenouillé, dans une attitude de prière conforme à la tradition de la sculpture funéraire religieuse. La réalisation de ce monument est d’autant plus significative dans le parcours du sculpteur que la cathédrale de Sées se situe à seulement quelques dizaines de kilomètres de sa ville natale d’Écouché.

Orant de Monseigneur Rousselet dans la cathédrale de Sées

Une quinzaine d’années plus tard, Leroux intervient de nouveau dans la cathédrale pour le monument de François-Marie Trégaro , évêque de Sées de 1882 jusqu’à sa mort en 1897. Achevé en 1899, l’orant en marbre représente également le prélat agenouillé. Trégaro avait lui-même joué un rôle important dans l’histoire de la cathédrale à la fin du XIXe siècle, notamment à travers les travaux et embellissements réalisés pendant son épiscopat.

Orant de Monseigneur Trégaro dans la cathédrale de Sées

Ces deux orants constituent des témoignages particulièrement forts de la présence d’Étienne Leroux dans le patrimoine de l’Orne. Ils couvrent deux périodes différentes de sa carrière et concernent deux évêques successifs du diocèse. Leur présence dans la cathédrale de Sées montre que le sculpteur originaire d’Écouché fut sollicité pour des commandes religieuses prestigieuses dans son propre département, alors même que sa carrière était établie à Paris et que ses œuvres entraient dans les collections publiques françaises.

Joué-du-Bois : une œuvre d’Étienne Leroux conservée dans l’Orne

Le lien entre Étienne Leroux et son département natal est particulièrement tangible à Joué-du-Bois. La chapelle Notre-Dame de la Raitière possède au-dessus de son portail un tympan sculpté attribué de manière documentée à Frédéric Étienne Leroux. Les Archives départementales de l’Orne le présentent explicitement comme une œuvre du « sculpteur originaire d’Écouché ».

Le relief représente la Vierge assise bénissant un couple agenouillé vêtu en costume de Normands. Sculpté dans un calcaire tendre et badigeonné de chaux, il appartient à la reconstruction de la chapelle entreprise à la fin du XIXe siècle. L’édifice avait été reconstruit en 1885 dans un style inspiré de la Renaissance avant de recevoir différents aménagements.

L’œuvre de Leroux a souffert de son exposition extérieure. Lors d’une campagne de restauration récente, le tympan a fait l’objet d’une consolidation destinée à stabiliser la pierre altérée par les intempéries, puis d’un lait de chaux assurant une protection supplémentaire. Cette intervention documentée par les Archives de l’Orne montre que l’œuvre du sculpteur fait encore partie du patrimoine dont le département assure aujourd’hui la connaissance et la conservation.

Tinchebray : une autre présence documentée dans l’Orne

Un second lien avec l’Orne est attesté à Tinchebray. L’Inventaire général du patrimoine culturel de Normandie indique qu’Étienne Leroux réalisa un monument pour cette commune à la fin du XIXe siècle. La même source rapproche cette réalisation du monument du Souvenir Français de Pont-Audemer, dans l’Eure, dont la statue de la Victoire est également due au sculpteur.

Pour le monument de Pont-Audemer, le modèle en plâtre de Leroux fut présenté au Salon des Artistes français de 1898 sous le titre Le Génie de la Patrie, avant que la figure ne soit fondue par l’entreprise Antoine Durenne. L’Inventaire de Normandie précise qu’un autre monument du même artiste fut réalisé la même année à Tinchebray. Cette donnée établit donc avec certitude que, plusieurs décennies après avoir quitté son lieu de naissance pour mener sa carrière artistique, Leroux recevait encore des commandes destinées à l’Orne.

Écouché et la question du patrimoine local

Écouché occupe naturellement une place particulière dans la biographie d’Étienne Leroux puisque toutes les grandes notices institutionnelles consacrées au sculpteur y situent sa naissance. Le musée d’Orsay, le Palais des Beaux-Arts de Lille et la base Joconde du ministère de la Culture donnent tous Écouché comme lieu de naissance de l’artiste en 1836. Cette convergence de sources permet de considérer cette donnée comme parfaitement établie.

Une sculpture représentant le Christ à la colonne, conservée dans l’église Notre-Dame d’Écouché, porte également le nom de Leroux et constitue un élément important du patrimoine artistique local. Cette présence est particulièrement intéressante puisqu’elle rapproche directement l’artiste de son lieu de naissance. En revanche, en l’absence d’une documentation patrimoniale suffisamment détaillée permettant d’établir précisément les circonstances de la commande, sa date et son histoire complète, il convient de ne pas extrapoler sur les raisons qui auraient conduit Leroux à réaliser cette œuvre pour Écouché.

Christ à la colonne dans l’église d’Ecouché

Cette prudence est importante pour comprendre le véritable lien entre l’artiste et sa ville. Le fait qu’une œuvre soit conservée à Écouché et que son auteur y soit né constitue déjà un rapprochement patrimonial remarquable ; il ne permet pas, à lui seul, d’affirmer l’existence d’une commande personnelle de la municipalité, d’un don de l’artiste ou d’un attachement particulier sans retrouver les archives correspondantes.

Un artiste écouchéen inscrit dans la sculpture française du XIXe siècle

Réduire Étienne Leroux à un artiste strictement local serait toutefois trompeur. Sa formation parisienne, ses participations aux Salons, les acquisitions de ses sculptures par l’État et la présence de ses œuvres dans plusieurs collections publiques montrent une carrière inscrite dans le paysage artistique national. Son parcours conduit d’Écouché aux institutions artistiques parisiennes, puis à des commandes réparties dans différentes régions françaises.

Son monument funéraire pour la famille Crespin au cimetière du Père-Lachaise, daté de 1889, comprend notamment un buste de Jacques François Crespin et une figure allégorique en bronze. Leroux intervient également dans le domaine de la sculpture commémorative. Le monument aux frères René Just et Valentin Haüy à Saint-Just-en-Chaussée, inauguré en 1903, compte parmi ses réalisations monumentales documentées.

Ces œuvres replacent le sculpteur né dans l’Orne au sein des pratiques artistiques de son temps : sculpture de Salon, commandes de l’État, monuments publics, portraits et art funéraire. Elles permettent également de mesurer le chemin parcouru depuis Écouché jusqu’à une carrière reconnue par les institutions artistiques françaises.

Étienne Leroux dans le patrimoine de l’Orne aujourd’hui

Pour l’Orne, Étienne Leroux présente donc un double intérêt patrimonial. Il appartient d’abord à l’histoire locale par sa naissance à Écouché. Il y appartient ensuite par les œuvres qui subsistent ou sont documentées dans le département, notamment le tympan de la chapelle Notre-Dame de la Raitière à Joué-du-Bois et le monument signalé à Tinchebray. Ces réalisations replacent l’artiste dans un réseau de patrimoine religieux et commémoratif qui dépasse sa seule ville natale.

La redécouverte d’Étienne Leroux permet ainsi de rattacher un patrimoine très local à l’histoire plus large de la sculpture française du XIXe siècle. Né à Écouché en 1836, formé auprès de François Jouffroy, récompensé aux Salons et aux Expositions universelles, bénéficiaire de commandes et d’acquisitions de l’État, Leroux appartient pleinement à cette génération de sculpteurs dont les œuvres furent diffusées dans les musées, les églises, les cimetières et l’espace public.

Dans sa ville natale comme ailleurs dans l’Orne, son œuvre mérite donc d’être étudiée à partir des sculptures conservées et des archives disponibles. Certaines zones de sa biographie locale restent encore à documenter précisément, notamment les circonstances de ses éventuelles commandes à Écouché. Cette absence de certitude n’affaiblit pas son lien avec le département : elle montre au contraire l’intérêt de poursuivre l’inventaire et l’étude des œuvres de cet artiste ornais dont la carrière s’étend bien au-delà des frontières de sa région natale.