Charles-Frédéric Rousselet, évêque de Sées pendant près de quarante ans
Charles-Frédéric Rousselet appartient aux grandes figures de l'histoire religieuse de l'Orne au XIXe siècle. Né le 15 novembre 1795 à Saint-Amand, aujourd'hui Saint-Amand-Montrond dans le Cher, il n'est pas originaire de Normandie. Son association avec l'Orne commence véritablement lorsqu'il est choisi pour le siège épiscopal de Séez à la fin de l'année 1843. Sa nomination est confirmée le 25 janvier 1844 et il reçoit la consécration épiscopale le 25 février suivant. Son installation à Sées intervient le 15 mars 1844.
Rousselet succède à Mellon de Jolly, transféré au siège archiépiscopal de Sens. Il va demeurer évêque de Séez jusqu'à sa mort, le 1er décembre 1881, soit pendant près de trente-huit années. Cette exceptionnelle durée donne à son épiscopat une importance particulière dans l'histoire du département : au XIXe siècle, le diocèse de Séez correspond au territoire de l'Orne. L'action de l'évêque concerne donc aussi bien Sées que les nombreuses paroisses rurales et urbaines réparties dans le département.
Un épiscopat marqué par une activité considérable dans les églises de l'Orne
L'un des aspects les mieux documentés de l'épiscopat de Charles-Frédéric Rousselet est son importance dans le développement du patrimoine religieux. Le Musée d'art religieux du Conseil départemental de l'Orne le qualifie de grand bâtisseur et indique que 300 chantiers d'églises ont été recensés sous sa direction. Ce chiffre permet de mesurer l'ampleur d'une politique qui ne se limite ni à la cathédrale de Sées ni à quelques constructions prestigieuses.
Ces interventions s'inscrivent dans un vaste mouvement de construction et de restauration des édifices religieux au XIXe siècle. Dans l'Orne comme dans une grande partie de la France, des églises sont alors agrandies, reconstruites ou restaurées. Sous Rousselet, cette activité bénéficie notamment du travail des architectes diocésains. Le plus célèbre d'entre eux est Victor Ruprich-Robert, architecte et restaurateur dont l'activité à Sées et dans plusieurs communes de l'Orne a profondément marqué le patrimoine religieux départemental.
La cathédrale Notre-Dame de Sées au cœur de son épiscopat
La cathédrale Notre-Dame constitue naturellement le centre de l'activité de Rousselet à Sées. L'édifice médiéval connaît au XIXe siècle d'importantes campagnes de restauration auxquelles son épiscopat est directement associé. Il faut cependant éviter d'attribuer personnellement à l'évêque la conception architecturale de ces interventions : les études et la conduite technique des travaux relèvent des architectes chargés de la cathédrale, notamment Victor Ruprich-Robert.
Rousselet joue néanmoins un rôle institutionnel majeur dans cette période de restauration et d'embellissement. Son long épiscopat accompagne plusieurs décennies durant lesquelles la cathédrale retrouve une place centrale dans la politique monumentale du diocèse. Son nom reste aujourd'hui physiquement présent dans l'édifice, puisque son monument funéraire y est conservé. Cette présence fait de la cathédrale l'un des lieux les plus directement associés à sa mémoire dans l'Orne.
La chapelle de l'Immaculée-Conception, grand chantier de Rousselet à Sées
Un autre monument de Sées permet de mesurer concrètement son action : l'actuelle basilique de l'Immaculée-Conception. Après la proclamation par le pape Pie IX du dogme de l'Immaculée Conception le 8 décembre 1854, un projet de chapelle prend forme auprès du petit séminaire de Sées. Les Archives départementales de l'Orne indiquent explicitement que Mgr Rousselet décide en 1854 de faire construire cette chapelle dédiée à l'Immaculée Conception.

Le projet est confié à Victor Ruprich-Robert. La première pierre est posée le 26 mars 1855 et l'édifice est ouvert au culte en 1859. Son décor fait intervenir plusieurs artistes importants du XIXe siècle, parmi lesquels le sculpteur ornais Victor-Edmond Leharivel-Durocher. Les verrières colorées installées ultérieurement sont dues aux ateliers Maréchal et Champigneulle. Rousselet consacre officiellement la chapelle en 1872. L'édifice ne reçoit le titre de basilique mineure qu'en 1902, sous le pontificat de Léon XIII, donc après la mort de Rousselet.
Saint Latuin et la volonté de renouer avec les origines du diocèse
L'action de Rousselet ne concerne pas seulement les bâtiments. Elle touche également à la mémoire historique du diocèse. Saint Latuin, traditionnellement considéré comme le premier évêque de Séez, occupe à ce titre une place particulière. Une partie de ses reliques se trouvait depuis longtemps à Anet, dans l'actuel département d'Eure-et-Loir, et plusieurs tentatives de restitution avaient précédé l'épiscopat de Rousselet.
Le diocèse de Séez indique qu'une partie des ossements de saint Latuin est finalement restituée à Mgr Rousselet en 1856. La relique parcourt ensuite le diocèse avant d'être accueillie dans la cathédrale. Le reliquaire associé à Rousselet est toujours conservé à Sées et continue d'être porté en procession lors de la fête de saint Latuin. Cette démarche montre l'intérêt de l'évêque pour l'affirmation d'une continuité entre l'Église de son temps et les origines anciennes du diocèse.
Rousselet, Tinchebray et l'enseignement dans l'Orne
L'épiscopat de Rousselet est également lié à l'histoire de l'enseignement catholique dans l'Orne. À Tinchebray, il soutient au début des années 1850 la constitution d'une association religieuse destinée à former des instituteurs. Un texte épiscopal daté de Tinchebray le 9 janvier 1851 présente explicitement le projet d'un établissement dont les membres pourraient être envoyés dans les communes qui demanderaient des instituteurs.
Le siège de l'établissement est alors fixé à Tinchebray et Rousselet en confie la direction immédiate à l'abbé Duguey, vicaire de la paroisse. Cet épisode est particulièrement intéressant pour comprendre son action départementale : l'évêque ne se contente pas d'administrer les institutions centrales de Sées, mais intervient dans des initiatives implantées dans différentes parties de l'Orne. L'éducation et la formation religieuse constituent ainsi, à côté de l'architecture, un autre domaine concret de son épiscopat.
Un évêque de l'Orne au premier concile du Vatican
Le long épiscopat de Rousselet relie également le diocèse de Séez aux grandes transformations de l'Église catholique du XIXe siècle. En 1864, il introduit dans son diocèse la liturgie romaine, abandonnant ainsi les particularités liturgiques locales qui avaient subsisté jusque-là. Cette évolution s'inscrit dans le mouvement d'unification liturgique autour de Rome qui marque alors l'Église de France.
Rousselet participe surtout au premier concile du Vatican, ouvert à Rome en décembre 1869. Les sources biographiques le comptent parmi les pères conciliaires présents en 1870. Son activité dépasse donc le cadre strictement ornais : pendant quelques mois, l'évêque qui administre le diocèse correspondant au département de l'Orne participe directement à l'un des événements majeurs de l'histoire du catholicisme au XIXe siècle.
La fin d'un épiscopat de trente-huit années
À la fin de l'année 1881, Charles-Frédéric Rousselet est âgé de 86 ans. François-Marie Trégaro est alors choisi comme évêque coadjuteur de Séez avec droit de succession. La nomination est confirmée à Rome le 18 novembre 1881. La transition prévue est particulièrement brève : Rousselet meurt à Sées le 1er décembre suivant et Trégaro lui succède immédiatement à la tête du diocèse.
Rousselet avait ainsi passé près de trente-huit ans à la tête du diocèse. Sa mort à Sées renforce encore son association avec la ville où s'était déroulée l'essentiel de sa vie épiscopale. Une biographie lui est consacrée dès 1882 par l'abbé Joseph Rombault sous le titre Vie de Mgr Rousselet, évêque de Seez. Cet ouvrage, aujourd'hui conservé et numérisé dans les collections patrimoniales de la Bibliothèque nationale de France, constitue une source ancienne importante sur son épiscopat, même s'il doit naturellement être lu en tenant compte de son caractère biographique et religieux.
Le monument funéraire de Rousselet dans la cathédrale de Sées
La mémoire de Charles-Frédéric Rousselet est aujourd'hui particulièrement visible dans la cathédrale Notre-Dame de Sées grâce à son monument funéraire. Le prélat y est représenté en orant, agenouillé dans l'attitude de la prière. L'œuvre est due au sculpteur Etienne Leroux, artiste du XIXe siècle auquel est attribué ce tombeau en marbre réalisé après la mort de l'évêque.
Ce monument constitue un témoignage particulièrement fort de la place occupée par Rousselet dans l'histoire de Sées. Il ne commémore pas seulement un homme d'Église : il rappelle un épiscopat qui correspond à une phase majeure de construction et de restauration du patrimoine religieux de l'Orne. Entre les quelque 300 chantiers d'églises recensés sous sa direction, la chapelle de l'Immaculée-Conception, la restauration de la cathédrale, le retour des reliques de saint Latuin et son action en faveur d'institutions comme celle de Tinchebray, Rousselet a laissé de nombreuses traces matérielles et historiques dans le département.
Charles-Frédéric Rousselet dans le patrimoine actuel de l'Orne
Plus d'un siècle après sa mort, plusieurs œuvres et monuments permettent encore de suivre la présence de Rousselet dans le patrimoine ornais. Le Musée d'art religieux de l'Orne conserve notamment deux lithographies le représentant. L'une, datée de 1849 et réalisée par Antoine Maurin d'après un portrait d'Alexandre Ledien, appartient aux collections de la Société historique et archéologique de l'Orne. Une seconde lithographie, réalisée en 1851 par Tito Marzocchi de Bellucci, montre également l'évêque dans l'exercice de sa fonction.
Ces portraits, son monument funéraire, la basilique de l'Immaculée-Conception et les nombreux édifices transformés pendant son épiscopat donnent aujourd'hui une dimension très concrète à son histoire. Charles-Frédéric Rousselet n'était pas Ornais de naissance, mais les trente-huit années passées à la tête du diocèse ont durablement associé son nom au département. Pour comprendre le patrimoine religieux de l'Orne au XIXe siècle, son épiscopat constitue ainsi une période de référence, à la rencontre de l'architecture, de la sculpture, de l'enseignement et de l'histoire religieuse.