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François-Marie Trégaro : évêque de Sées

Un évêque de Sées venu de Bretagne

François-Marie Trégaro appartient aux figures marquantes de l'épiscopat de Sées au XIXe siècle. Né à Peillac, dans le Morbihan, le 17 juin 1824, il meurt à Sées le 6 janvier 1897 après avoir dirigé le diocèse pendant une quinzaine d'années. Son parcours est inhabituel : avant de rejoindre l'Orne, il avait passé plus de vingt-cinq ans au service de la Marine française et avait accompagné des expéditions militaires jusqu'en Extrême-Orient.

Issu d'un milieu modeste, il grandit à Peillac et poursuit sa formation religieuse en Bretagne. Il étudie notamment au petit séminaire de Sainte-Anne-d'Auray puis au grand séminaire de Vannes. Il est ordonné prêtre le 23 septembre 1848. Ses premières fonctions sont paroissiales : il exerce comme vicaire à Guer avant qu'une orientation très différente ne soit donnée à sa carrière ecclésiastique.

Monseigneur François-Marie Trégaro, évêque de Sées entre 1881 et 1897

Cette origine bretonne restera présente dans son parcours. Lorsqu'il sera appelé à l'épiscopat plusieurs décennies plus tard, sa consécration aura lieu à Sainte-Anne-d'Auray, lieu directement associé à ses années de formation. Son arrivée à Sées constitue donc l'aboutissement d'une carrière commencée très loin de l'Orne et largement construite au contact du monde maritime et militaire.

De jeune prêtre à aumônier de la Marine en 1852

En 1852, François-Marie Trégaro entre au service de la Marine comme aumônier. Une étude historique consacrée à l'aumônerie centralisée de la Marine confirme qu'il y sert de 1852 à 1878. Cette fonction consiste à assurer le ministère religieux auprès des marins et militaires embarqués, dans des conditions parfois très éloignées de celles d'une paroisse française.

Il embarque notamment sur la frégate Jeanne d'Arc et participe aux campagnes françaises en Extrême-Orient. En janvier 1855, il se trouve à Shanghai au moment des opérations militaires menées dans cette ville. Les sources consacrées à l'aumônerie de la Marine soulignent son comportement auprès des blessés pendant les combats. Cette conduite contribue à sa nomination comme chevalier de la Légion d'honneur en mai 1855.

Les campagnes de Chine et une carrière exceptionnelle dans la Marine

François-Marie Trégaro retourne en Extrême-Orient au moment de l'expédition franco-britannique de 1860 en Chine. Il exerce alors des responsabilités importantes dans l'aumônerie du corps expéditionnaire français. Les opérations conduisent notamment les troupes alliées vers les forts du Peï-Ho puis jusqu'à Pékin. Les biographies anciennes de Trégaro rapportent plusieurs épisodes au cours desquels l'aumônier aurait fait preuve d'un courage spectaculaire sous le feu. Leur formulation parfois héroïsante incite à la prudence sur les détails, mais son engagement personnel au cours des opérations est bien attesté.

Sa carrière militaire est également attestée par ses distinctions. Déjà chevalier de la Légion d'honneur depuis 1855, il est promu officier en 1860. Une étude historique de l'aumônerie navale le décrit comme un prêtre qui n'hésitait pas à s'exposer pour porter assistance aux marins mortellement blessés. Cette expérience des campagnes militaires constitue une part essentielle de sa biographie et distingue nettement Trégaro de la plupart des évêques de son époque.

Après ses campagnes lointaines, il poursuit son service dans la Marine. Il est notamment affecté à l'hôpital maritime de Port-Louis puis reprend la mer sur la frégate cuirassée Solférino. En 1866, il devient aumônier en chef de la Marine, succédant à Félix Coquereau. Il occupe cette fonction jusqu'à la suppression de l'aumônerie centralisée en 1878. Il rejoint ensuite le diocèse de Vannes, où l'évêque Jean-Marie Bécel le choisit comme vicaire général.

1881 : François-Marie Trégaro est appelé à succéder à Mgr Rousselet

À Sées, l'évêque Charles-Frédéric Rousselet est alors très âgé. Il dirige le diocèse depuis 1844 et a notamment conduit une importante restauration de la cathédrale. En 1881, François-Marie Trégaro est choisi comme évêque coadjuteur, avec droit de succession. Rome le nomme parallèlement évêque titulaire de Doliché.

La période de coadjutorerie est extrêmement courte. Charles-Frédéric Rousselet meurt à Sées le 1er décembre 1881 et Trégaro lui succède à la tête du diocèse. Sa consécration épiscopale a lieu à Sainte-Anne-d'Auray, avec Jean-Marie Bécel, évêque de Vannes, comme principal consécrateur. Le diocèse de Sées confirme officiellement François-Marie Trégaro parmi ses évêques de 1881 à 1897.

Son arrivée dans l'Orne marque une rupture complète avec sa première carrière. L'ancien aumônier habitué aux navires et aux expéditions militaires doit désormais administrer un diocèse correspondant pour l'essentiel au département de l'Orne. Il arrive en outre à une période particulièrement tendue dans les relations entre l'Église catholique et la République française.

Un épiscopat marqué par les conflits scolaires de la Troisième République

François-Marie Trégaro prend la direction du diocèse au moment où les réformes scolaires républicaines transforment profondément l'enseignement français. Les lois associées à Jules Ferry rendent notamment l'enseignement primaire public gratuit, obligatoire et laïque. Trégaro appartient aux évêques qui combattent vigoureusement cette politique, considérant la suppression de l'enseignement religieux dans l'école publique comme une atteinte grave à la mission éducative de l'Église.

Son opposition ne reste pas limitée à des réserves privées. Ses prises de position publiques contre la législation scolaire provoquent des conflits avec les autorités civiles et lui valent une condamnation du Conseil d'État pour abus. Il acquiert ainsi une réputation d'évêque particulièrement combatif dans les affrontements politiques et religieux qui caractérisent les premières décennies de la Troisième République.

Il convient toutefois de replacer ces interventions dans leur contexte historique plutôt que de les réduire à un trait de caractère. Les années 1880 constituent une période de profonde redéfinition des rapports entre l'État, l'école et l'Église. Trégaro défend une conception catholique de l'enseignement frontalement opposée au programme de laïcisation conduit par les gouvernements républicains. Son épiscopat dans l'Orne se déroule donc sous le signe d'une confrontation institutionnelle qui dépasse largement sa personne.

Le soutien de Trégaro aux œuvres religieuses du diocèse

Son épiscopat ne se limite pas aux controverses politiques. François-Marie Trégaro soutient différentes œuvres religieuses et éducatives dans l'Orne. Un exemple particulièrement important apparaît à La Chapelle-Montligeon. L'abbé Paul Buguet, curé de cette petite paroisse du Perche, développe à partir des années 1880 une œuvre de prière destinée aux défunts qui connaîtra par la suite un rayonnement international.

Trégaro approuve la fondation de l'Œuvre Expiatoire pour la délivrance des âmes délaissées du Purgatoire. Ce soutien épiscopal permet à l'initiative de Buguet de se développer dans un cadre reconnu par l'Église diocésaine. En 1893, Trégaro nomme également Paul Buguet chanoine honoraire de la cathédrale de Sées. L'œuvre poursuivra son expansion après la mort de l'évêque et donnera naissance au sanctuaire Notre-Dame de Montligeon.

Ces initiatives montrent un autre aspect de l'épiscopat de Trégaro. Parallèlement aux affrontements avec les autorités républicaines, il encourage le développement d'institutions catholiques capables d'agir durablement dans le diocèse. Son action doit donc être appréciée à travers les œuvres qu'il autorise ou soutient autant qu'à travers ses interventions publiques.

Trégaro et Notre-Dame de l'Immaculée Conception à Sées

François-Marie Trégaro est également associé à l'histoire de l'église de l'Immaculée Conception de Sées, élevée au XIXe siècle à proximité du petit séminaire. Cet édifice avait été construit sous son prédécesseur après la proclamation, en 1854, du dogme de l'Immaculée Conception. Il est présenté comme la première église de France élevée sous ce vocable après la définition du dogme.

En 1894, Trégaro obtient du pape Léon XIII l'autorisation de procéder au couronnement de la statue de la Vierge honorée dans cette église. Le document pontifical souligne lui-même la place particulière de l'édifice et le culte rendu à cette statue par les fidèles du diocèse. Après avoir reçu l'autorisation, l'évêque lance une souscription destinée à financer la réalisation d'une couronne.

Cet épisode appartient aux dernières années de son épiscopat et témoigne de l'importance qu'il accorde aux dévotions mariales. Il constitue également un lien concret entre Trégaro et le patrimoine religieux encore visible à Sées, indépendamment de la cathédrale où son souvenir est aujourd'hui principalement conservé.

La mort de François-Marie Trégaro et son monument dans la cathédrale

François-Marie Trégaro meurt à Sées le 6 janvier 1897, à l'âge de 72 ans. Il avait dirigé le diocèse depuis la mort de Charles-Frédéric Rousselet en décembre 1881. Claude Bardel lui succède quelques mois plus tard à la tête de l'évêché. Trégaro est inhumé dans la cathédrale Notre-Dame de Sées, où sa mémoire demeure matérialisée par un important monument funéraire.

Dans le transept nord de la cathédrale se trouvent aujourd'hui deux orants d'évêques de Sées : celui de Charles-Frédéric Rousselet et celui de François-Marie Trégaro. Les deux œuvres sont dues au sculpteur Etienne Leroux. L'orant de Rousselet est réalisé en 1884, tandis que celui de Trégaro est exécuté en 1899, deux ans après la mort de l'évêque.

Le choix de l'orant inscrit Trégaro dans une tradition funéraire ancienne : l'évêque est représenté agenouillé en prière plutôt que couché sur son tombeau. La proximité des monuments de Rousselet et de Trégaro crée également dans le transept nord une continuité entre deux épiscopats successifs qui couvrent ensemble plus d'un demi-siècle de l'histoire religieuse de l'Orne, de 1844 à 1897.

Statue en prière représentant Monseigneur François-Marie Trégaro, évêque de Sées entre 1881 et 1897

De la Chine à Sées, un parcours singulier dans l'histoire de l'Orne

Le parcours de François-Marie Trégaro reste exceptionnel parmi les évêques de Sées. Né dans le Morbihan, formé dans le diocèse de Vannes, il devient aumônier de la Marine à vingt-sept ans et passe plus d'un quart de siècle au service des marins français. Les campagnes de Chine, ses décorations militaires et ses responsabilités d'aumônier en chef constituent ainsi le premier volet d'une carrière qui aurait pu rester entièrement liée à la Marine.

Son arrivée dans l'Orne en 1881 ouvre une seconde période très différente. Pendant une quinzaine d'années, il dirige le diocèse de Sées au cœur des tensions entre l'Église et la République, soutient des œuvres catholiques et accompagne notamment les débuts de l'œuvre de Montligeon. À Sées même, son intervention en faveur du couronnement de Notre-Dame de l'Immaculée Conception marque les dernières années de son épiscopat.

Son orant dans la cathédrale constitue aujourd'hui le témoignage patrimonial le plus directement accessible de sa présence dans l'Orne. Derrière cette figure d'évêque agenouillé sculptée par Etienne Leroux se cache pourtant une existence beaucoup plus mouvementée : celle d'un fils de meunier breton devenu prêtre, aumônier sur les mers et dans les campagnes militaires d'Extrême-Orient, chef de l'aumônerie de la Marine puis évêque de Sées jusqu'à sa mort en 1897.