Louis Charles Marie Champigneulle, une grande figure du vitrail au XIXe siècle
Louis Charles Marie Champigneulle, couramment appelé Charles Champigneulle fils ou Charles II Champigneulle, est un maître verrier français né à Metz en 1853 et mort en 1905. Il appartient à une importante famille de peintres-verriers dont les ateliers ont joué un rôle majeur dans le renouveau du vitrail français au XIXe siècle. Son œuvre est aujourd’hui documentée dans de nombreux édifices religieux et civils, notamment par l’Inventaire général du patrimoine culturel.
Dans l’Orne, son nom est particulièrement associé à l’église Saint-André d’Échauffour. Plusieurs verrières de l’édifice portent directement sa signature et la Plateforme ouverte du patrimoine du ministère de la Culture attribue à Louis Charles Marie Champigneulle un ensemble de vitraux réalisés dans le dernier quart du XIXe siècle. Ces œuvres constituent aujourd’hui l’un des principaux témoignages de son activité dans le département.
Une famille de maîtres verriers originaire de Lorraine
Louis Charles Marie est le fils de Charles-François Champigneulle, lui-même peintre-verrier. La famille est étroitement liée au développement de la peinture sur verre en Lorraine. Charles-François acquiert en 1862 à Metz l’atelier de Charles-Laurent Maréchal, l’une des figures importantes du vitrail français du XIXe siècle. Après la guerre de 1870, l’activité familiale se poursuit notamment à Bar-le-Duc.
Louis Charles Marie commence sa carrière dans l’entreprise paternelle. Son frère Emmanuel poursuivra pour sa part l’activité de l’atelier familial en Lorraine. Cette organisation explique la nécessité de distinguer soigneusement les différents membres de la famille Champigneulle : plusieurs générations ont travaillé dans le vitrail et les signatures constituent souvent un élément essentiel pour identifier précisément l’auteur d’une verrière.
L’installation de Charles Champigneulle fils à Paris
En 1881, Louis Charles Marie Champigneulle s’installe à Paris. Il reprend la maison du peintre-verrier Nicolas Coffetier et établit son atelier au 96 rue Notre-Dame-des-Champs. Les notices patrimoniales identifient cet atelier parisien sur de nombreuses verrières de la fin du XIXe siècle.
Cette adresse constitue également un moyen d’authentification. Certaines verrières portent la mention de Charles Champigneulle fils de Paris, tandis que d’autres indiquent explicitement le 96 rue Notre-Dame-des-Champs. À Échauffour, ces deux formes de signature sont présentes sur les vitraux de l’église Saint-André, permettant de rattacher directement les œuvres à son atelier parisien.
L’activité de Champigneulle ne se limite pas à la fabrication de vitraux neufs. Les sources patrimoniales le documentent également comme restaurateur de verrières anciennes. À Nancy, par exemple, il intervient entre 1881 et 1886 sur une verrière du début du XVIe siècle. Son atelier associe ainsi création contemporaine et intervention sur le patrimoine verrier ancien.
Une importante campagne de vitraux pour l’église d’Échauffour
L’église Saint-André d’Échauffour conserve un ensemble de verrières attribué par l’Inventaire général à Louis Charles Marie Champigneulle. La campagne appartient au dernier quart du XIXe siècle. La notice patrimoniale propose une réalisation vers 1875-1880 d’après les armoiries représentées sur les verrières, même si cette datation doit être considérée comme une estimation et non comme une date inscrite sur l’ensemble.
Les baies concernées développent un programme iconographique particulièrement riche. Elles évoquent des épisodes de l’Ancien et du Nouveau Testament, mais aussi l’histoire religieuse de la Normandie et du diocèse de Sées. Cette association entre iconographie chrétienne universelle et références locales donne à l’ensemble d’Échauffour une identité particulière.
L’attribution à Champigneulle est particulièrement solide puisque plusieurs vitraux sont signés. Les baies 1 à 4, 7 et 11 portent la mention « CH. CHAMPIGNEULLE FILS DE PARIS ». La baie 8 possède une signature encore plus précise mentionnant « CHARLES CHAMPIGNEULLE DE PARIS RUE NOTRE-DAME DES CHAMPS 96 ».
Des scènes bibliques et la Conversion de Clovis
Une partie du programme verrier de Saint-André est consacrée aux grands récits de la tradition chrétienne. Les verrières attribuées à Champigneulle comprennent notamment des scènes des pèlerins d’Emmaüs, de la Crucifixion, du sacrifice d’Isaac et du mariage de la Vierge. Ces compositions inscrivent l’église d’Échauffour dans le vaste mouvement de renouvellement du vitrail religieux qui accompagne les restaurations et embellissements des églises françaises au XIXe siècle.
La Conversion de Clovis constitue l’une des scènes historiques les plus remarquables de cet ensemble. Le recours à Clovis rattache l’iconographie au récit traditionnel de la christianisation du royaume franc et au baptême du roi. Cette verrière appartient à la campagne attribuée par l’Inventaire général à Louis Charles Marie Champigneulle.
Les vitraux de Champigneulle associent personnages, architecture peinte, inscriptions et couleurs afin de rendre les scènes immédiatement lisibles. À Échauffour, les textes intégrés aux verrières jouent un rôle particulièrement important lorsque le programme quitte les épisodes bibliques pour évoquer l’histoire religieuse locale.
Saint Latuin, saint Godegrand et sainte Opportune : l’histoire religieuse de l’Orne en images
Plusieurs verrières de Saint-André entretiennent un rapport direct avec l’histoire religieuse du territoire. La baie 7 évoque saint Latuin, traditionnellement considéré comme le premier évêque de Sées. L’inscription peinte sur le vitrail rappelle que le pape saint Clément aurait ordonné Latuin et en aurait fait le premier évêque de Sées.
La baie 9 représente saint Godegrand et sainte Opportune. L’inscription intégrée à la verrière les présente respectivement comme évêque de Sées et abbesse d’Almenêches et rappelle leur naissance à Exmes. Le vitrail associe ainsi le travail d’un atelier parisien réputé à des figures profondément inscrites dans la mémoire religieuse de l’Orne.
Les armoiries renforcent encore cette dimension diocésaine. La documentation de l’Inventaire identifie notamment les armes de Mgr François-Marie Trégaro , évêque de Sées, sur les baies 8 et 9. D’autres verrières portent les armes des papes Pie IX et Léon XIII ainsi que celles d’Échauffour.
« Est chaud le four » : la légende d’Échauffour mise en vitrail
La baie 11 constitue probablement la verrière la plus directement liée à l’identité d’Échauffour. Champigneulle y représente la légende attribuant à saint Evroult l’origine du nom de la commune. Le saint, né selon l’inscription en 627 à Bayeux et fondateur de l’abbaye d’Ouche, est placé au centre d’un récit associant histoire religieuse et tradition locale.
La particularité de la scène réside dans la présence du diable. Une banderole s’échappant de sa bouche porte les mots « EST CHAUD LE FOUR ». Ce jeu de mots constitue l’explication légendaire du nom d’Échauffour. L’Inventaire général identifie explicitement cette scène comme la « création légendaire du nom d’Échauffour par saint Evroult ».
Cette verrière présente donc un intérêt qui dépasse l’histoire de l’art religieux. Elle matérialise dans l’église une légende étiologique propre à la commune et contribue à transmettre visuellement une tradition attachée à son nom. Le travail de Champigneulle devient ici un support de mémoire locale autant qu’une œuvre de décoration religieuse.
Signatures, armoiries et inscriptions : des vitraux exceptionnellement documentés
L’intérêt patrimonial des verrières d’Échauffour tient également à la quantité d’informations qu’elles portent. Les signatures permettent d’identifier l’atelier de Charles Champigneulle, tandis que les inscriptions donnent le nom de plusieurs saints et explicitent certaines scènes. Les armoiries permettent en outre de replacer les œuvres dans leur contexte religieux et historique.
Les armes de la commune apparaissent notamment sur la baie 3. Les armes de Pie IX figurent sur la baie 7, celles de Léon XIII sur les baies 8 et 11, tandis que les armes de Mgr Trégaro sont présentes sur les baies 8 et 9. La présence de Léon XIII, élu pape en 1878, constitue d’ailleurs un élément chronologique important pour apprécier la datation d’au moins une partie du programme.
Ces éléments invitent à considérer avec prudence la datation générale « vers 1875-1880 » donnée par l’Inventaire : la présence des armes de Léon XIII implique nécessairement une réalisation postérieure à son élection pour les verrières concernées. L’ensemble peut donc correspondre à une campagne étendue ou à plusieurs interventions rapprochées dans le dernier quart du XIXe siècle.
Un maître verrier dont les œuvres dépassent largement l’Orne
Les vitraux d’Échauffour doivent être replacés dans une production beaucoup plus vaste. Après son installation parisienne, Louis Charles Marie Champigneulle fournit des verrières à de nombreux édifices religieux et civils. Les inventaires patrimoniaux conservent son nom dans différentes régions françaises, permettant aujourd’hui de suivre une partie importante de l’activité de son atelier.
En Normandie, son travail est notamment documenté dans le Calvados. Plusieurs verrières mariales ainsi qu’un cycle consacré à la vie de saint Augustin lui sont attribués. Une verrière de ce cycle porte la date de 1885 et la signature de son atelier parisien du 96 rue Notre-Dame-des-Champs. Ces œuvres offrent des points de comparaison utiles avec les vitraux conservés à Échauffour.
Son activité s’étend également à la restauration de vitraux anciens et à des commandes civiles. Cette diversité témoigne de l’importance acquise par l’atelier Champigneulle dans le paysage de la peinture sur verre française à la fin du XIXe siècle.
Les vitraux de Champigneulle, un patrimoine majeur pour Échauffour
À Échauffour, Louis Charles Marie Champigneulle a laissé un ensemble qui associe qualité artistique, iconographie religieuse et mémoire locale. Les scènes bibliques côtoient saint Latuin, saint Godegrand, sainte Opportune et saint Evroult. L’histoire du diocèse de Sées et celle de la commune s’intègrent ainsi à un programme religieux beaucoup plus large.
La verrière consacrée à l’origine légendaire du nom d’Échauffour possède à cet égard une valeur particulière. Avec son diable prononçant « EST CHAUD LE FOUR », elle transforme une tradition locale en image monumentale et pérenne. Les vitraux consacrés aux saints liés à Sées, Exmes et Almenêches étendent quant à eux cette mémoire à l’échelle du département de l’Orne.
Les signatures encore visibles rappellent enfin que ces œuvres locales sont issues de l’un des ateliers de vitrail importants de leur époque. Photographier aujourd’hui les verrières de Saint-André permet ainsi de documenter à la fois le patrimoine d’Échauffour, l’histoire religieuse de l’Orne et l’œuvre d’un maître verrier dont la production s’est diffusée bien au-delà de la Normandie.