Aleksander Stefanowicz, officier de la 1re Division blindée polonaise
Aleksander Stefanowicz est l'un des officiers polonais directement associés aux combats qui mettent fin à la bataille de Normandie dans l'Orne en août 1944. Né le 20 décembre 1900 et mort en mars 1985, il commande pendant la campagne de Normandie le 1er Régiment blindé de la 1re Division blindée polonaise du général Stanislaw Maczek. Stefanowicz possède alors le grade de major ; il sera promu lieutenant-colonel le 7 septembre 1944, quelques semaines après les combats de Mont-Ormel. Son nom est particulièrement lié à Mont-Ormel et à la cote 262 Nord, position stratégique dominant les voies de retraite allemandes de la poche de Falaise-Chambois.
La carrière militaire de Stefanowicz est cependant antérieure à la Seconde Guerre mondiale. Les sources biographiques polonaises le donnent comme engagé dans l'armée dès 1919 et comme participant à la guerre polono-soviétique. Durant l'entre-deux-guerres, il poursuit une carrière d'officier dans l'armée polonaise et se spécialise progressivement dans les troupes blindées. Lorsque la guerre éclate à nouveau en 1939, il possède donc déjà une longue expérience militaire.
Après les campagnes de 1939 et de 1940, Stefanowicz rejoint les forces polonaises reconstituées en Grande-Bretagne. Il sert dans les formations placées sous le commandement de Stanislaw Maczek. En novembre 1943, il prend le commandement du 1er Régiment blindé. Celui-ci appartient à la 10e Brigade de cavalerie blindée, l'une des principales composantes de la 1re Division blindée polonaise préparée en Grande-Bretagne pour participer à la libération de l'Europe occidentale.
Le 1er Régiment blindé polonais débarque en Normandie
La 1re Division blindée polonaise est engagée en Normandie au sein de la 1re Armée canadienne. Ses unités débarquent au début du mois d'août 1944 et entrent rapidement dans les combats au sud de Caen. Le 1er Régiment blindé commandé par Stefanowicz est équipé principalement de chars Sherman. Après plusieurs années d'attente et d'entraînement en Grande-Bretagne, les soldats polonais retrouvent ainsi directement l'armée allemande sur le continent européen.
La division participe à partir du 8 août à l'opération Totalize puis aux opérations destinées à refermer l'encerclement des forces allemandes autour de Falaise. Le général Maczek comprend que les hauteurs situées entre Coudehard et Mont-Ormel constituent une position déterminante : elles dominent la vallée de la Dives et les itinéraires que doivent emprunter les troupes allemandes tentant de s'échapper vers l'est.
Le relief prend dans les documents et les souvenirs polonais le nom de « Maczuga », c'est-à-dire la « Massue ». Ce nom fait référence à la forme dessinée par les hauteurs sur les cartes d'état-major, mais il traduit aussi parfaitement leur importance tactique. Contrôler la cote 262 permet d'observer et de frapper les colonnes qui circulent en contrebas entre Chambois, Coudehard et Vimoutiers.
19 août 1944 : Stefanowicz atteint les hauteurs de Mont-Ormel
Le 19 août constitue la journée décisive dans le parcours normand de Stefanowicz. Les unités polonaises progressent vers Coudehard et les hauteurs de Mont-Ormel. Des compagnies d'infanterie ouvrent la voie tandis que les escadrons du 1er Régiment blindé commandé par Stefanowicz gagnent la cote 262 Nord par les accès difficiles permettant aux chars d'atteindre le plateau.
Le Mémorial de Montormel confirme que les chars du 1er Régiment blindé polonais prennent position sur la cote 262 Nord dans l'après-midi du 19 août. Depuis cette hauteur, les Polonais découvrent un spectacle révélant immédiatement l'importance de leur position : en contrebas circulent les unités allemandes qui cherchent encore à sortir de la poche de Falaise-Chambois.
Les chars polonais ouvrent le feu sur les colonnes allemandes. La position élevée donne aux Sherman un avantage considérable sur les véhicules circulant dans la vallée. Véhicules blindés, pièces d'artillerie, camions et convois hippomobiles sont pris sous les tirs. Le secteur situé sous la cote 262 va devenir l'un des paysages les plus dévastés de la fin de la bataille de Normandie.
Une position qui domine le « Couloir de la mort »
La géographie explique le rôle considérable joué par les hommes de Stefanowicz. À l'ouest de Mont-Ormel, les forces allemandes enfermées dans la poche cherchent à franchir la Dives puis à rejoindre les routes conduisant vers Vimoutiers et l'est. Les passages disponibles sont peu nombreux. Le secteur de Saint-Lambert-sur-Dives et le Gué de Moissy concentrent une grande partie des mouvements de retraite.
Après avoir franchi la Dives, les colonnes allemandes doivent progresser dans un espace dominé par les hauteurs occupées par les Polonais. Le secteur entre le Gué de Moissy, Coudehard et Mont-Ormel entre dans la mémoire de la bataille sous le nom de « Couloir de la mort ». Depuis la Maczuga, les observateurs polonais peuvent diriger les tirs de leur artillerie et les équipages de chars disposent eux-mêmes de cibles dans la vallée.
Cette situation explique pourquoi les forces allemandes ne peuvent se contenter de contourner les Polonais. Pour maintenir une voie de sortie de la poche, il leur faut réduire ou repousser les positions établies autour de la cote 262. Dans le même temps, des formations allemandes déjà sorties de l'encerclement peuvent attaquer depuis l'est. Les hommes de Stefanowicz vont ainsi se retrouver dans une situation exceptionnelle : installés sur une hauteur stratégique mais progressivement encerclés par l'ennemi.
20 août : les hommes de Stefanowicz sont isolés sur la Maczuga
Dans la nuit du 19 au 20 août, la situation des unités polonaises devient extrêmement dangereuse. Des troupes allemandes continuent à s'écouler autour de leurs positions et les communications avec les autres forces alliées sont coupées. Stefanowicz et les autres commandants présents sur les hauteurs comprennent qu'ils ne disposent pas des moyens nécessaires pour fermer seuls tous les passages ni pour rompre l'encerclement.
La décision est alors de tenir les positions jusqu'à l'arrivée des Canadiens. Le 20 août, les attaques allemandes se multiplient. Certaines viennent de l'intérieur de la poche, d'autres de formations du IIe SS-Panzerkorps qui cherchent depuis l'extérieur à rouvrir une voie de retraite. Le 1er Régiment blindé est donc attaqué sur plusieurs directions à la fois.
Un épisode particulièrement violent se déroule dans le secteur aujourd'hui appelé le « Mont Chauve ». Le Mémorial de Montormel indique que le 3e escadron du 1er Régiment blindé, pris à revers par la contre-attaque allemande du 20 août, perd cinq Sherman sous les tirs d'un seul char Panther. Selon le Mémorial, c'est probablement l'un des endroits du plateau où la contre-attaque du IIe SS-Panzerkorps fut la plus proche de réussir.
Une bataille menée au milieu des blessés et des prisonniers
Les combats de la cote 262 ne ressemblent bientôt plus à une opération blindée classique. Le périmètre polonais contient des chars endommagés, des blessés et un nombre croissant de prisonniers allemands. Le manoir de Boisjos devient un point essentiel du dispositif. Le Mémorial de Montormel indique que le bâtiment sert d'hôpital pendant les combats tandis que les prisonniers sont regroupés dans les vergers et les bois environnants.
Les difficultés logistiques deviennent critiques. Les unités isolées ne peuvent être normalement ravitaillées et l'évacuation des blessés est pratiquement impossible. Les témoignages des vétérans évoquent le manque d'eau, de nourriture, de sommeil et surtout l'épuisement des munitions. Cette situation se prolonge pendant que les troupes canadiennes tentent d'atteindre les positions polonaises depuis l'ouest.
Stefanowicz reste avec son régiment au cœur du dispositif. Les récits de la bataille lui attribuent plusieurs déclarations dramatiques annonçant aux officiers que les Polonais devront combattre jusqu'au bout. Les formulations exactes diffèrent selon les ouvrages et les témoignages postérieurs ; il est donc préférable de ne pas présenter une version particulière comme une transcription certaine. Le fait essentiel est en revanche établi : le commandement polonais décide de maintenir la cote 262 malgré l'encerclement et l'épuisement des ressources.
21 août : les dernières attaques et la fin de l'isolement
Le 21 août au matin, les attaques allemandes reprennent. Les unités polonaises ont déjà subi de lourdes pertes et une partie de leurs chars a été détruite ou immobilisée. Les combats se déroulent parfois à très courte distance. Stefanowicz lui-même est blessé pendant les affrontements, mais le dispositif polonais ne s'effondre pas.
L'arrivée des Canadiens met finalement fin à l'isolement. Le Mémorial de Montormel situe vers midi le 21 août l'arrivée des chars canadiens dans le secteur de Boisjos, permettant de briser l'encerclement du manoir. Eau, nourriture, munitions et secours peuvent enfin atteindre les survivants. Les forces allemandes ne réussissent plus à rétablir durablement le passage nécessaire à la retraite de leurs unités.
La résistance de la cote 262 prend immédiatement une place particulière dans la mémoire de la bataille. Les Canadiens utilisent l'expression « Polish Battlefield », le « champ de bataille polonais », pour désigner le secteur. Le général Montgomery résumera le rôle des Polonais par l'image célèbre du « bouchon » maintenant enfermées les forces allemandes dans la bouteille. Aujourd'hui encore, le Mémorial de Montormel se trouve précisément sur cette cote 262 Nord occupée par les chars polonais le 19 août 1944.
Du Mont-Ormel à la Belgique, aux Pays-Bas et à l'Allemagne
Pour Aleksander Stefanowicz, Mont-Ormel ne constitue pas la fin de la guerre. Après la bataille de Normandie, le 1er Régiment blindé poursuit sa progression avec la division de Maczek à travers le nord de la France, la Belgique et les Pays-Bas. Le régiment participe ainsi à la longue campagne qui conduit la 1re Division blindée polonaise jusqu'en Allemagne.
Les sources polonaises permettent également de suivre certains hommes du régiment. Marian Slowinski, qui combat à Mont-Ormel comme chef de char, racontera plus tard que Stefanowicz lui propose après la bataille de rejoindre son propre char comme tireur de tourelle. Slowinski poursuit ainsi la campagne avec son commandant jusqu'à la fin de la guerre. Ce témoignage donne une dimension personnelle à la continuité du 1er Régiment blindé après les pertes subies dans l'Orne.
Le parcours de la division s'achève en mai 1945 à Wilhelmshaven, important port militaire allemand de la mer du Nord. Stefanowicz reste commandant du 1er Régiment blindé après la victoire. Une photographie datée du 3 mars 1946 le montre notamment à Saint-Nicolas, en Belgique, après la remise d'un nouvel étendard au régiment. Elle constitue l'un des portraits les plus facilement identifiables de l'officier.
Un officier décoré et devenu après-guerre historien de son expérience militaire
Les services de Stefanowicz lui valent plusieurs décorations polonaises et alliées. La documentation du 1er Régiment blindé le compte notamment parmi les soldats décorés de la Croix d'argent de l'ordre militaire Virtuti Militari pour la campagne de 1944-1945. Il reçoit également des distinctions étrangères, témoignage de son rôle dans les opérations menées aux côtés des armées alliées occidentales.
Après la guerre, Stefanowicz ne retourne pas s'établir durablement dans la Pologne passée sous contrôle communiste. Comme de nombreux membres des Forces armées polonaises de l'Ouest, il poursuit sa vie en exil et s'installe finalement au Canada. Il meurt à Toronto le 2 mars 1985.
Son intérêt pour l'histoire militaire se poursuit après les combats. La Bibliothèque militaire centrale polonaise répertorie notamment une étude d'Aleksander Stefanowicz publiée en 1973 et consacrée aux opérations sur la tête de pont de Caen en 1944 et à l'engagement final de la 1re Division blindée. Stefanowicz appartient ainsi à ces officiers qui ont eux-mêmes contribué, après la guerre, à documenter l'expérience militaire des forces polonaises combattant en Europe occidentale.
Aleksander Stefanowicz, un nom indissociable de Mont-Ormel
Dans l'histoire de la bataille de Normandie, Aleksander Stefanowicz reste principalement associé aux trois journées du 19 au 21 août 1944. Son rôle est alors clairement défini : il commande le 1er Régiment blindé polonais qui occupe la cote 262 Nord et contribue à contrôler les voies de retraite allemandes. Cette position transforme les hauteurs de Coudehard et de Mont-Ormel en l'un des points décisifs de la fermeture de la poche de Falaise-Chambois.
Le paysage actuel permet encore de comprendre les décisions prises par Stefanowicz et les autres officiers polonais. Depuis la cote 262, le regard porte sur la vallée de la Dives, les environs de Chambois, le secteur de Coudehard et les voies empruntées en août 1944. La topographie explique immédiatement pourquoi Maczek voulait contrôler cette hauteur et pourquoi les forces allemandes cherchèrent avec autant d'acharnement à en chasser les Polonais.
Le Mémorial de Montormel se trouve aujourd'hui au cœur même de ce champ de bataille. Il rappelle le rôle de la 1re Division blindée polonaise et des hommes qui tinrent la Maczuga jusqu'à l'arrivée des Canadiens. Parmi leurs commandants, Aleksander Stefanowicz occupe une place particulière : celle du chef du 1er Régiment blindé dont les Sherman atteignirent la cote 262 le 19 août et y résistèrent pendant les journées les plus violentes de la dernière bataille de Normandie.
Plus de détails sur la fermeture de la poche de Falaise-Chambois en août 1944
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