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Stanislaw Maczek et les Polonais à Mont-Ormel en août 1944

Stanislaw Maczek, un spécialiste de la guerre mobile

Le nom du général Stanislaw Maczek est indissociable des combats livrés en août 1944 autour de Mont-Ormel, Coudehard et Chambois, dans l'Orne. Commandant de la 1re division blindée polonaise, il joue un rôle majeur dans les dernières opérations destinées à fermer la poche de Falaise-Chambois. Entre le 19 et le 21 août, une partie de ses hommes tient sur les hauteurs dominant la vallée de la Dives une position devenue célèbre sous le nom polonais de « Maczuga », la Massue.

Né le 31 mars 1892 à Szczerzec, près de Lviv, alors située dans l'Empire austro-hongrois, Stanislaw Maczek acquiert une longue expérience militaire avant la bataille de Normandie. Après avoir combattu pendant la Première Guerre mondiale, il sert dans l'armée polonaise et devient l'un des pionniers de ses forces motorisées. En 1938, il reçoit le commandement de la 10e brigade de cavalerie, unité motorisée qu'il dirige pendant la campagne de Pologne de septembre 1939.

Buste du général Stanislaw Maczek au mémorial de Mont-Ormel

Après la défaite polonaise, Maczek poursuit le combat en France. En 1940, il commande la 10e brigade de cavalerie blindée polonaise pendant la campagne de France. Après l'effondrement français, il parvient finalement en Grande-Bretagne. Le 25 février 1942 est créée la 1re division blindée polonaise dont il reçoit le commandement. Cette grande unité est destinée à participer, deux ans plus tard, à la libération de l'Europe occidentale.

La 1re division blindée polonaise arrive en Normandie

La division de Maczek débarque en Normandie à la fin du mois de juillet 1944. Elle est intégrée au 2e corps canadien de la 1re armée canadienne. Lorsqu'elle entre véritablement dans la bataille au début du mois d'août, les Alliés cherchent à progresser vers Falaise afin de couper la retraite des forces allemandes qui combattent encore en Normandie.

Le 8 août, la division polonaise participe à l'opération Totalise au sud de Caen. Les combats sont difficiles et les forces alliées rencontrent une résistance allemande encore puissante. L'opération est ensuite relayée par Tractable, lancée le 14 août. L'objectif dépasse désormais la seule conquête de Falaise : la progression anglo-canadienne venant du nord doit contribuer à enfermer les forces allemandes alors que les unités américaines remontent depuis le sud.

Du 15 au 18 août, les blindés et fantassins polonais progressent vers le sud-est. La situation évolue rapidement : une grande partie de la 7e armée allemande et des éléments de la 5e armée blindée tentent de se retirer vers l'est. Dans l'Orne, les passages de la vallée de la Dives et les routes conduisant vers Vimoutiers deviennent essentiels. C'est dans cette phase de guerre de mouvement que Maczek va porter son attention sur les hauteurs de Mont-Ormel.

Maczek comprend l'importance de la cote 262

Dans la matinée du 19 août 1944, Maczek observe sur ses cartes les premiers reliefs du pays d'Auge qui dominent la vallée de la Dives. Parmi eux figure la cote 262, hauteur située dans le secteur de Mont-Ormel et Coudehard. Cette position présente un intérêt tactique considérable : depuis le plateau, il est possible d'observer les mouvements dans la vallée où convergent les colonnes allemandes cherchant à échapper à l'encerclement.

Statue du Général Maczek devant la vallée de la Dives depuis la côte 262

Maczek modifie alors le dispositif de sa division. Une force commandée par le major Zgorzelski, comprenant notamment le 24e régiment de lanciers et le 10e régiment de dragons, reçoit pour mission de gagner Chambois. Une autre force, placée sous le commandement du lieutenant-colonel Aleksander Stefanowicz et comprenant notamment le 1er régiment blindé, le 9e bataillon de chasseurs et le bataillon de chasseurs de Podhale, doit s'emparer de la cote 262.

Cette décision constitue l'un des moments essentiels de l'action de Maczek dans la bataille. Il ne s'agit pas simplement d'occuper un point culminant : la cote 262 domine directement les itinéraires de retraite allemands. Les Polonais surnomment la position « Maczuga », c'est-à-dire « la Massue », en référence à sa forme et au rôle qu'elle va jouer dans les combats. Aujourd'hui encore, le Mémorial de Montormel se trouve sur cette cote 262 nord.

Le 19 août 1944, les Polonais ferment la poche

Lorsque les hommes de Stefanowicz atteignent les hauteurs, ils découvrent en contrebas une concentration considérable de soldats, de véhicules et de matériels allemands. Entre Saint-Lambert-sur-Dive et Chambois, les unités en retraite cherchent les dernières voies permettant de gagner l'est. Depuis leurs positions dominantes, les Polonais peuvent observer et prendre sous leur feu une partie de ces mouvements.

Dans la soirée du 19 août, les chars du 1er régiment blindé polonais ouvrent notamment le feu sur une importante colonne allemande qui tente de progresser vers Vimoutiers. Les destructions sont telles que les épaves commencent elles-mêmes à encombrer les voies de circulation. Mais la position polonaise devient simultanément dangereuse : les routes empruntées par les Allemands sont aussi celles qui permettraient aux unités de Maczuga de recevoir du ravitaillement ou de rejoindre le reste de la division.

Plus au sud, une autre partie de la division polonaise atteint Chambois. Dans la soirée du 19 août, les Polonais venant du nord y établissent le contact avec les forces américaines arrivant du sud. La jonction symbolise la fermeture de la poche. Celle-ci reste cependant perméable : des milliers d'Allemands cherchent encore à forcer le passage et les Polonais de Mont-Ormel se retrouvent précisément sur leur route.

Maczuga, une position polonaise presque encerclée

La situation des hommes installés sur la cote 262 devient rapidement paradoxale. Ils contribuent à enfermer les forces allemandes dans la poche, mais sont eux-mêmes progressivement isolés. Les troupes allemandes attaquent depuis l'intérieur de l'encerclement pour ouvrir une voie de retraite, tandis que des éléments du 2e corps blindé SS, déjà sortis de la poche, tentent d'intervenir depuis l'extérieur. Les soldats de Maczek doivent donc faire face à des attaques provenant de plusieurs directions.

Le dispositif polonais s'organise autour de plusieurs unités. Le bataillon de chasseurs de Podhale couvre notamment le sud-ouest, le 9e bataillon de chasseurs le sud et le 8e bataillon de chasseurs le nord-est. Les régiments blindés appuient cette défense avec leurs chars Sherman. Le terrain, fait de pentes, de chemins, de vergers et de haies, transforme la hauteur en un champ de bataille extrêmement confus.

Le 20 août, la bataille atteint son paroxysme

Le 20 août constitue la journée la plus critique pour les défenseurs de Maczuga. Des unités allemandes attaquent les positions polonaises tandis que le 2e corps blindé SS cherche à les prendre à revers. Les combats deviennent parfois extrêmement rapprochés. Dans le secteur de Coudehard, des soldats polonais disposant de peu de munitions doivent repousser certaines attaques à très courte distance.

Autour du manoir de Boisjos et sur les hauteurs voisines, les affrontements impliquent directement les chars. Les sources du Mémorial de Montormel rapportent que les Sherman polonais doivent parfois tirer dans des directions opposées tant les attaques viennent de plusieurs côtés. Une contre-attaque allemande parvient à approcher à une centaine de mètres de Boisjos avant que ses chars de tête soient détruits.

Le problème essentiel devient alors le ravitaillement. Les Polonais sont coupés de leurs arrières et leurs réserves de munitions diminuent rapidement. Les blessés s'accumulent et les véhicules détruits réduisent progressivement la puissance du groupement. Malgré cette situation, les Allemands ne parviennent pas à reprendre durablement la position ni à éliminer le verrou que constitue la cote 262.

Le 21 août, les Canadiens atteignent enfin les Polonais

Le matin du 21 août, les défenseurs polonais sont épuisés et leurs munitions presque épuisées. Les derniers obus des chars sont utilisés avec parcimonie. Peu avant midi, une nouvelle attaque allemande frappe encore le secteur tenu par le 9e bataillon de chasseurs au-dessus de l'église de Coudehard. Les Polonais attendent que les assaillants soient très proches avant d'ouvrir le feu afin d'économiser leurs dernières cartouches.

Vers midi, les premiers chars du Canadian Grenadier Guards approchent de Boisjos. Les forces canadiennes de la 4e division blindée réussissent finalement à établir la jonction avec les défenseurs polonais. Après près de trois jours de combats et d'isolement, les hommes de Maczuga sont dégagés. La fermeture de la poche de Falaise-Chambois est alors définitivement consolidée dans ce secteur.

L'état des unités polonaises témoigne de la violence des affrontements. Selon le bilan présenté par le Mémorial de Montormel, parmi environ 1 500 hommes initialement parvenus sur la colline, seuls 110 sont encore considérés comme aptes au combat lors de la jonction, avec quatre officiers valides sur une soixantaine. Sur 87 chars arrivés sur Maczuga, moins d'une trentaine sont encore en état de combattre. Ces chiffres concernent le groupement engagé sur la hauteur et ne doivent pas être confondus avec les pertes de l'ensemble de la 1re division blindée polonaise.

Mont-Ormel, point culminant de la stratégie de Maczek en Normandie

Le rôle personnel de Maczek à Mont-Ormel doit être décrit avec précision. Le général n'est pas présenté par les sources comme combattant lui-même au milieu des chars de la cote 262 : il commande la division et confie la conduite du groupement de Maczuga à Aleksander Stefanowicz. Son rôle déterminant réside dans l'appréciation du terrain et dans la décision d'envoyer une partie de ses forces sur cette hauteur tout en dirigeant une autre partie vers Chambois.

Ce choix permet aux Polonais de menacer simultanément les principaux itinéraires de retraite allemands. À Chambois, ils rejoignent les Américains ; sur la cote 262, ils dominent la vallée de la Dives et résistent aux tentatives allemandes visant à rouvrir durablement le passage. La division de Maczek contribue ainsi directement à la fermeture de la poche de Falaise-Chambois et à la désorganisation des forces allemandes quittant la Normandie.

Les combats de Mont-Ormel deviennent l'un des épisodes les plus célèbres de l'histoire de la 1re division blindée polonaise. La cote 262 sera notamment désignée par les Canadiens comme le « Polish Battlefield », le champ de bataille polonais. L'image traditionnellement associée à Montgomery, présentant les Polonais comme le bouchon fermant la bouteille dans laquelle les armées allemandes étaient prises, résume la fonction tactique de la position, même si elle ne doit pas masquer le rôle complémentaire joué par les forces canadiennes et américaines dans la fermeture de la poche.

De Mont-Ormel à la mémoire du général Maczek

Après la bataille de Normandie, la 1re division blindée reprend son avance à la fin du mois d'août 1944. Elle poursuit les forces allemandes à travers le nord de la France, puis combat en Belgique et aux Pays-Bas. Elle est notamment associée à la libération de Breda en octobre 1944 avant de terminer sa campagne en Allemagne en 1945. Mont-Ormel reste cependant l'un des épisodes les plus emblématiques de son parcours militaire.

Inscription sur la stèle du général Stanislaw Maczek au mémorial de Mont-Ormel

Après la guerre, Stanislaw Maczek demeure en Écosse. Il meurt à Édimbourg le 11 décembre 1994, à l'âge de 102 ans. Conformément à sa volonté, il est inhumé au cimetière militaire polonais de Breda, aux Pays-Bas, parmi les soldats de sa division. Son souvenir demeure particulièrement présent dans les territoires libérés ou défendus par ses hommes en France, en Belgique et aux Pays-Bas.

Vallée de la Dives depuis la côte 262

À Mont-Ormel, cette mémoire est directement inscrite dans le paysage. Le Mémorial de Montormel est implanté sur la cote 262 nord, là même où les chars du 1er régiment blindé polonais prirent position dans l'après-midi du 19 août 1944. Depuis cette hauteur, le regard porte encore sur la vallée de la Dives, Coudehard, Saint-Lambert-sur-Dive et les axes empruntés par les troupes allemandes. Le relief permet ainsi de comprendre concrètement pourquoi Maczek avait identifié cette position comme essentielle à la fermeture de la poche de Falaise-Chambois.

Plus de détails sur la fermeture de la poche de Falaise-Chambois en août 1944

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